dimanche 16 février 2014

C'était il y a 50 ans, la prise d'élan du rock anglais !

De quand dater les débuts de la British Invasion dans le rock ? Les Beatles enregistrent dès 1962 le single Love me do et leur année d'explosion c'est déjà 1963 Ils alignent alors plusieurs hits et deux premiers albums Ils sont d'ores et déjà lancés Avec un an de décalage, les Rolling stones enregistrent leurs premiers 45 tours en 1963, mais leur explosion date de 1964
J'ai choisi l'année 1964 car c'est l'année où le format british prend ses véritables contours, et d'ailleurs parmi les plus grands groupes de rock anglais des sixties peu sont en activité ou en tout cas à l'affiche en 1964
Je commence par un titre époustouflant, la reprise du titre de Buddy Holly "Not fade away", titre qui s'inspire de Bo Diddley, et qui est repris sur un mode incisif particulier par les Stones La chanson est brève, mais marquante dans la carrière des Stones Les deux premiers 45 tours étaient encore de l'ordre du rodage un peu maladroit "Come on" et "I wanna be your man" Là, c'est une pépite, un chef-d'oeuvre d'orfèvrerie bientôt suivi par un album étonnant, et puis un autre

Il faut apprécier l'enchaînement des instruments au début jusqu'à l'arrivée de la voix C'est du grand art, puis ça se poursuit dans une relation extraordinaire entre la voix et soit l'harmonie qui la suit, plus solo de guitare dans une des structures d'appel, mais aussi la relation entre la voix et l'orchestre qui la soutient et lui réserve un espace Hélas, c'est court et ça se termine en "fade up", évanouissement par baisse du volume


Chanson vive, charmeuse et pré-psychédélique, quoiqu'un peu plus amatrice que les Stones dans l'orchestration


En quelque sorte, 1964 a vu les Rolling stones et les Kinks descendre sur Terre, mais, malheureusement pour les Kinks, même si leur succès s'est maintenu jusqu'en 1967, il y a un divorce entre ceux qui les estiment l'un des plus grands groupes de l'histoire du rock et le public, car ce dernier tend à ne pratiquement conserver en mémoire que sa courte première période rock avec les titres rentre-dedans "You really got me", "All day and all of the night", "I need you" Ils sont ramenés à un jalon dans l'histoire de la rage et du gros son, alors qu'ils sont bien plus que cela Les Kinks amènent aussi un chant décontracté, décomplexé, négligé Ils jettent les bases aussi d'un rock désaméricanisé ayant un rythme rock-blues, mais quelque peu dégagé de l'allure des modèles américains Ils amènent aussi un art de la composition, des mélodies anglaises complètement saisissantes Il y a maintenant cinquante ans sortait leur premier 45 tours une reprise de "Long, tall Sally" de évidemment Little Richard, cela fut suivi d'un titre "You still want me" qui n'a pas rencontré le succès et qui mit les Kinks dans une situation délicate Allaient-ils continuer à produire ? Y avait-il pourtant des raisons de s'alarmer ?


Le groupe Them est quelque peu comparable Le très jeune Van Morrisson nous offre du rock particulièrement décapant Il revisite Baby please don't go du bluesman Big Joe Williams et il nous offre sa propre composition machine à cartonner avec le célèbre Gloria que Laurent Voulzy n'a pas manqué d'inclure dans son "Rockollection", ce qui maintient le souvenir de ce hit criant auprès du public français Van Morrisson passera à une oeuvre en solo plus posée qui saura se maintenir d'une très grande qualité au fil des albums, sorte de garantie de qualité que double sa voix magique Gloria serait une composition plus précoce de 63 et son succès date de 1965, mais le titre est sorti en 1964 en face B de Baby please don't go


Autre voix exceptionnelle du rock britannique à l'époque et dans un style blues et rock un tant soit peu comparable au groupe irlandais, Eric Burdon du groupe The Animals, groupe aussi d'Alan Price à l'orgue, lequel fondera Alan Price Set ensuite, et de Chas Chandler Ils ont eu plusieurs hits, mais c'est la reprise d'un vieux traditionnel de blues américain qu'on ne connaît plus aujourd'hui que par eux, malgré des reprises qui avant n'étaient pourtant pas non plus passées inaperçues (Bob Dylan, etc), qui les a mis sur la troisième marche de la notoriété anglaise en 64 derrière les Beatles et les Stones, devant les Kinks, les Them ou les Yardbirds


Le passage de trois "guitar heroes" assure rétrospectivement aux Yardbirds une place de choix aux côtés des Stones et des Beatles dans une histoire officielle du rock qui insistent beaucoup sur le faste, la virtuosité d'exécution et l'évolution vers le gros son Toutefois, ce n'est qu'en 1965 avec l'arrivée de Jeff Beck que les Yardbirds prendront leur pleine dimension La première période avec Eric Clapton est quelque peu mitigée, mais n'empêche pas quelques frappes remarquables On peut noter leurs débuts sur 45 tours avec la reprise de "I wish you would" de Billy Boy Arnold qui nous rapproche du si influent Bo Diddley sur le son des formations sixties anglaises


Des groupes exceptionnels ne sont pas encore présents Les Small Faces déferleront en 1965, même chose pour les Who, mais en 1964 ces derniers sous le nom de High Numbers existent déjà quelque peu et s'essaient au 45 tours avec deux reprises déguisées, leur producteur se faisant passer pour auteur en plagiant gaiement un titre Motown pour l'esprit Mod et un blues de Slim Harpo "Got live if you want it" figurant au répertoire des Kinks avec un chant particulièrement désinvolte


L'intérêt de ces groupes anglais pour le blues et le rock noir américain a bien sûr une incidence sur les artistes repris qui jouissent parfois d'un revival
Jimmy Reed et Slim Harpo sont considérés comme les représentants d'un blues dit "marécageux" Plusieurs titres de ces deux bluesmen furent repris par les formations sixties, et Jimmy Reed donna encore de très bons albums au moins jusqu'en 1967 (The New Jimmy Reed Album / Soulin')
En 1964, même si cela n'apparaît plus dans la même proportion dans la discographie officielle, les Stones enregistraient les titres de Jimmy Reed : Ain't that loving you baby, Honest I do (présent sur le premier album des Stones), Bright Lights Big City Le titre Baby what you want me to do est pour sa part repris par Little Richard et celui I ain't got you est un titre percutant des Yardbirds Hush-Hush, Big Boss man et Shame, shame, shame sont également des chansons connues, les deux dernières étant une source d'inspiration pour les titre Little by Little et Now I've got a witness du premier album des Rolling stones, avec une médiation la reprise d'un titre parent Can I get a witness de Marvin Gaye où la voix de Jagger est impressionnante ! Voilà, profitez de cette coloration blues que vous n'aurez pas souvent mise en vedette sur des radios rock L'importante influence de Jimmy Reed sur le premier album des stones, c'est quelque chose : sur douze titres, une reprise, deux imitations, une reprise d'un titre dérivé de Marvin Gaye et une reprise du comparse Slim Harpo I'm a king bee, puis une majesté guitaristique qui a compté dans la magie des stones en 64-65, bien que pas forcément sur les titres les plus connus Little by little est éblouissant, il ne venait pas de nulle part, une chanson de Jimmy Reed avec une carrosserie refaite façon Stones)


Ce dont je viens de parler est un point majeur de l'histoire du rock : l'importance des compositions de Reed, mais aussi l'importance guitaristique du jeu de Jimmy Reed pour les stones en 64 et 65, la fascinante modernisation stonienne de ce style avec l'accomplissement orchestral et un Jagger qui chantait alors de manière phénoménale, la coloration blues du rock anglais en 64 et 65, les passerelles qui montrent comment de nouvelles techniques accrocheuses se développent, mais aussi combien parallèlement au développement du rock and roll, du rhythm'n'blues, les bluesmen eux-mêmes étaient des cogneurs musicaux

Signalons à l'attention par ailleurs deux autres titres d'époque à rapprocher pour le rythme de notre série autour de Jimmy Reed, Marvin Gaye et les Stones


En 64, une idole des Stones quitte la prison et revient un court instant sur le devant de la scène, sans doute dans la mesure où certaines de ces brillantes compositions venaient de passer une attente de trois ans


Les reprises de Chuck Berry sont légion, même si elles ne tendent pas à concurrencer les originaux sous forme de 45 tours, la reprise de "Memphis, Tennessee" par Johnny Rivers se fait remarquer à l'époque, ce qui ne nous dispensera pas de la splendeur de l'original


En 1963, les Beach Boys ont connu l'un de leurs plus grands succès, et leur premier véritable succès d'ailleurs, avec une métamorphose de rien moins que Sweet little sixteen


Les Beatles s'essaient aussi aux reprises, notamment de Chuck Berry, mais le combat est par trop inégal face au savoir-faire stonien


On lorgne ainsi du côté du bon vieux répertoire de Chuck Berry et si le premier 45 tours des Stones est un échec avec une reprise de "Come on" qui sans être mauvaise ne délivre pas tout le potentiel du groupe, la suite sera sidérale

Reprise pas à l'aise où l'orchestre ne vibre pas à l'unisson malgré un caractère assuré
Sonnant différemment, la version originale de 1961, charmeuse, avec la présence exceptionnelle de la femme de Chuck Berry, je crois, qui assure quelques vocaux

La classe éblouissante maintenant de ces sacrés stones reprenant Chcuk Berry


La fascination de Keith Richards est telle que les Stones reprennent trois chansons parmi les quelques reprises du répertoire de Chuck Berry



Le virus est tel que Keith Richards semble avoir mis un point d'honneur à faire jouer un ou deux titres de Chuck Berry dans les tournées des Rolling stones, jusqu'aux années 70, avec en majesté les versions des reprises Carol et Little queenie sur le mythique album live Get yer ya-ya's out, rendu de la tournée américaine de 69 Cela continuait sur les tournées européenne de 70, anglaise de 71, américaine de 72, océanienne et européenne de 73


Le répertoire non officiel des Rolling stones comportent d'autres titres de Chuck Berry pour la période 63-65, sans parler d'autres reprises en live, ou bien par Keith Richards séparément des Stones, pour ne même pas parler de l'organisation par celui-ci du concert des 60 ans de Chuck Berry en 1986
Les Rolling stones ont d'autres idoles, notamment Bo Diddley, qui est fortement représenté dans le répertoire non officiel des stones en 63-64, moins sur la discographie officielle, malgré la présence de la reprise de Mona sur leur premier album, leur reprise ultérieure de Mannish boy avec et sans Muddy Waters, malgré la présence de Crackin' up sur l'album Love you live de 77, malgré l'imitation électronique Please go home de 67, et malgré ce lancement fulgurant avec Not fade away dont j'ai parlé plus haut Muddy Waters et Willie Dixon font eux aussi partie des idoles stoniennes "I just want to make love to you" en version boostée est repris sur le premier album de 64 et "I can't be satisfied" en 65 Howlin' Wolf demeure quelque peu absent de la discographie officielle
Mais d'autres groupes anglais participent à ce regain d'intérêt pour les bluesmen d'une génération antérieure, et l'un des deux Sonny Boy Williamson (problème d'homonymie) va jouer en live tour à tour avec les Animals et les Yardbirds, précisément et respectivement en 63 et 64, et ce sera sans doute le meilleur de ce que donneront les Yardbirds avec Clapton

Un peu de lui en solo


Mais pour leur second 45 tours, les Yardbirds se tournent du côté de l'homonyme


John Lee est souvent numéroté I, c'est son vrai nom, l'autre s'appelle Miller et est numéroté II

L'année 64, vue du Royaume-Uni, est ainsi une année de confirmation pour les Beatles et une année de consécration pour les Stones, les Kinks, les Yardbirds, les Animals, et quelque peu de tremplin pour les Them ou les Who

Les Beatles et les Kinks se distinguent dans la mesure où ils composent déjà l'essentiel de leur répertoire

très belle plage essentiellement due à Mc Cartney
Une autre du même qui avait déjà donné un All my loving en 63
petite perle de Lennon entre A Hard day's night et Help
Autre variation entre A Hard day's night et Help de Lennon
Composition ambitieuse de Mc Cartney
Deux de leurs grands succès de 64 composés par Mc Cartney, le premier chanté par Lennon
Annonciateur d'autres succès à venir de Mc Cartney
Petite perle rock rentrée de Mc Cartney

Nous avons déjà cité A hard day's night

Face aux Beatles, le génie extrême du compositeur Ray Davies n'entre pas d'emblée en concurrence sur le même registre mélodique que les Beatles et que notamment Mc Cartney, puisque le groupe établit d'abord trois titres purement rock qui jettent les bases d'un son anglais nouveau, quelque peu coupé des racines, avec riff tranchant de guitare au son saturé et interruption de la suite couplets-refrain par un solo débridé


Mais les Kinks proposent déjà la contrepartie mélodique que l'histoire officielle oublie au profit du gros rock, alors qu'elle consacre ce groupe dans nombre de coeurs, déjà ce joyau "Stop your sobbing" ou bien "I've got that feeling"!


Groupe spécialisé dans les reprises, les Animals ont tout de même eu un certain succès avec une de leurs entraînantes compositions Je ne résiste pas au lien live suivant qui témoigne aussi d'une certaine histoire de la libération du corps et du contrôle de l'expression corporelle tout à la fois dans les médias


Le groupe anglais The Animals éclate fin 65 début 66, mais Eric Burdon reformera un groupe américain à ce nom qui laissera quatre bons albums

Maintenant, qu'est-ce que les gens écoutaient d'autre en 1964 ?
Je vais me concentrer sur le cas du Royaume-Uni et en tout cas de la musique d'expression anglaise, même si on peut évoquer le succès en France de Charles Aznavour et de Jacques Brel à cette époque, avec Amsterdam par exemple, c'est l'année de l'album Olympia 64



Je reviens à l'Angleterre et puisque nous en sommes à une musique au format pop, donnons un échantillon de la musique pop de l'année 1964 qui concurrence la "violence" rock sur les ondes, encore qu'il s'immisce du rythme rock dans ce qui suit Les titres restent appréciables en soi, car tout est charmant dans la production musicale sixties, mais l'idée est de donner la toile de fond de cette époque sur laquelle se détache le bouleversement rock anglais, sachant que l'Angleterre avait elle aussi un courant de chansons rétro dans les sixties

Il ne faut pas perdre de vue que les grands noms du rock and roll sont peu nombreux à avoir passer le cap de 1960 Il existe une certaine période de transition de 1960 à 1963 où certes le rock continue de s'affirmer, mais doit prendre un nouveau souffle, tandis que prédominent pas mal de productions pop, de chanteuses ou groupes de filles tirant plutôt vers la pop et les slows, prédominent aussi les instrumentaux On pense en 64 à Dusty Springfiled (fort impressionnante comme interprète), Sandie Shaw, Cilla Black, Petula Clark ou Dionne Warwick L'ère Spector se poursuit avec des groupes de filles, ou parfois d'hommes The Righteous Brothers La Motown est en train de s'imposer avec Marvelettes, Supremes, Mary Wells, Martha & the Vandellas et aussi Four Tops, Miracles, Marvin Gaye, Temptations, sans oublier quelques autres hits "Money", "Every little bit hurts", "Do you love me" Et s'il y a la Motown, il y a aussi la Stax La soul a déjà pas mal bourgeonné Les lives de Sam Cooke s'imposent Curtis Mayfield anime le groupe The Impressions en parallèle En Angleterre, Joe Meek est un équivalent particulier à Phil Spector, en nettement plus obscur, mais aussi en nettement original au plan technique, qui expérimente avec des chanteuses ou chanteurs Roy Orbison connaît alors de beaux succès Quant aux Beatles, s'ils devancent d'un an ou deux les autres groupes majeurs de l'histoire du rock sixties anglais, ils font partie d'un premier courant rock anglais le merseybeat dont ils sont paradoxalement la seule réalisation exceptionnelle C'est ainsi l'époque de Gerry and the Pacemakers, des Searchers Apparitions précoces, The Hollies et Manfred Mann ne sont pas demeurés des inconnus Le groupe Dave Clark Five connaît lui aussi la consécration, mais au-delà de Glad all over rien d'impressionnant toutefois, même remarque avec le Hippy Hippy Shake des Swinging Blue Jeans Les Beatles offriront quelques compositions à de tels groupes, comme les stones d'ailleurs offrent aussi plusieurs de leurs tout premiers essais à d'autres artistes C'est une époque aussi marquée par Frankie Valli and the Four seasons C'est l'époque du Surfin' Bird des Trashmen, en réalité un plagiat pas trop bien avoué, mais le titre figure sur un album instrumental de bonne facture Un titre GTO fleurit aussi à ce moment-là avec son cachet kitsch qui revivra fin des années 70 Un rock âpre parmi mille autres influences déterminantes du rock anglais vibre bien en Ampérique, avec la Louie Louie mania, et puis c'est l'époque où en fait de gros répondant aux Beatles, les Etats-Unis connaissent une période de son clair de guitare et plus précisément de surf music avec les Beach Boys, principal rival américain des Beatles pour l'orgueil d'une nation, les Stones n'étant pas sur le même plan, surf music où s'illustrent Jan and Dean qui ne sont pas des sous Beach Boys Il y aurait à puiser encore dans la richesse de l'Amérique, car ces richesses sont sous-représentées (folk, rhythm'n'blues, country, rockabilly, rock plus diffus, etc) sur les ondes, bien évidemment, mais là la toile de fond est donnée sur laquelle a proliféré l'impact social des groupes de la British Invasion J'ai ajouté The Ronettes et The Chrystals pour souligner l'influence de Spector à l'époque, ainsi que le classique des Shirelles

Même Ray Davie semble s'être inspiré de "Long live love" avec son "Come dancing" de 83, époque où les Kinks ne son plus l'immense groupe qu'ils ont été, mais témoignent d'une sorte de bonne santé ultime

Gene Pitney est dans la pop, mais il est proche des stones au début de l'année 64

Conflit de génération sensible dans ce tournant qu'est l'année 1964, année phare de la British Invasion
(les deux chansons des Rivingtons sont la source de Surfin' Bird)
The Fabulous Wailers, immense groupe rock du début des années soixante, reprise de Louie Louie qui a amorcé l'engouement pour cette chanson, l'engouement sera consacré par la reprise d'un groupe pourtant peu compétent The Kingsmen qui eut la chance dans sa maladresse de trouver une formule
Version originale par le compositeur
Autre titre marquant de Richard Berry
Les Rolling stones réussirent le tour de transformer Louie Louie en un titre qui sonnait différemment et qui fut le troisième numéro 1 anglais des stones pour la seule année 1965 Summer Nights avec Travolta et Newton-John présentera une autre forme de travestissement du titre Louie Louie, cette fois dans une gentille comédie musicale
Encore une fois les Beatles souffrent de la comparaison
Les Drifters, mais les membres changeaient sans arrêt, sont connus aussi pour Save the last dance for me, Sweet for my sweet (connu en français "Biche oh ma biche"), et d'autres titres encore

Passons à une série Motown à laquelle j'ai annexé Don Covay

Mick Jagger voulait sans doute récupérer quelque chose de la voix de Don Covay, et sur ce titre elle est vertigineuse
La même chanson avec la célèbre voix fragile de Diana Ross

Beatles comme Rolling stones s'inspiraient de la musique Motown, et la pop sucrée des filles n'était pas étrangère non plus à leurs goûts La production Motown offrait aussi d'excellents appuis pour développer une mélodie revisitée dans le cadre du rock ensuite, la création rock gagnant beaucoup à sortir d'elle-même Illustrations! Toutefois, je n'ai jamais vu effectué par personne les deux rapprochements suivants



Quelques groupes anglais déjà en place qui eurent un devenir


Les Hollies sont un des plus célèbres groupes anglais sixties, il y a du bon, mais je ne les mets pas parmi les plus grands Graham Nash fera partie ensuite en Amérique de Crosby, Stills, Nash and Young

On se plaît bien avec l'entraînant Glad All over, mais si le Dave Clark Five fait partie des groupes ayant eu un bon succès commercial sixties, jugez de leur faiblesse par les autres titres au moins

Passons donc à la production merseybeat qui est assez mitigée, mais qui est le début du bourgeonnement anglais avec au moins les Beatles

(plus laborieux encore que les Beatles dans le style)
(celle-là, tout le monde connaît quand même)
Celle-là je la confonds un peu parfois avec cette suivante
Un petit joyau par une moitié du groupe The Merseybeats qui se réunira d'ailleurs à nouveau pour la rejouer dans une autre version, Bowie a eu le coup de coeur pour ce titre qu'il inclut dans son album de reprises Pin ups en 1973

Début plus dans la lignée d'une British Blues, The Artwoods, groupe qui aura un relatif succès tout en restant obscur vers 65, le groupe comprend le frère aîné de Ron Wood et Jon Lord, futur Deep Purple


Mais revenons à l'esprit du merseybeat
La chanson suivante est à rapprocher pour un certain air d'apparentement de titres des Beatles All my loving ou And I love her

Enfin, en 64, si les reprises prédominent dans le répertoire des Stones Leurs deux premiers numéros 1 en sont : It's all over now de Bobby Womack and the Valentions et Little red rooster composition de Willie Dixon pour Howlin' Wolf, les premières compositions voient le jour

Splendide dans le mièvre

Les grands titres des Who en 65 Can't explain, Anyhow anyway anywhere ou My generation s'inspirent des Kinks et des stones
Et j'en ai gardé assez sous le pied, n'ayant pas parlé de certains noms, etc, pour fêter 1965, car nous n'allons pas attendre 2015 pour fêter leurs 50 ans maintenant que nous sommes en si bon chemin

jeudi 2 janvier 2014

Groupes de rock majeurs que les gens les plus proches de mes goûts n'aiment pas toujours d'aussi près

Les gens les plus proches de mes goûts aiment de manière essentielle la musique sixties, ils se plongent également dans le rock des années 50, le blues, la soul, le funk, le folk, le power pop, le punk et le rock garage. En général, ils n'écoutent pas de rock progressif à l'exception de quelques groupes, ils ne s'intéressent pas au hard rock et pas tellement au rock sudiste. Leur palmarès pour les années 1980 à 2013 est très différent du discours officiel, alors que le discours officiel se reconnaît dans leurs goûts jusqu'en 1980, à l'exception du rock progressif. Les Rolling stones, les Who et les Kinks sont trois grandes références des gens qui ont mon profil. Ils aiment aussi les Beatles, mais la notoriété des Beatles est telle qu'elle touche des publics qui n'écoutent pas forcément beaucoup de musique sixties, même si cela tend à se recouper. L'intérêt pour les Kinks est aussi significatif, car beaucoup de gens qui semblent écouter la musique rock citée ci-dessus ont tendance à ne pas écouter les Kinks, à préférer retenir d'eux "You really got me" et les rock pêchus de leurs débuts, et puis passé cet hommage les compositions de la période 66-72 ne les intéressent pas du tout, ce qui est un non-sens si on dit les aimer, ce qui est aussi la marque d'une perception du rock plus liée à une rage guitaristique. En général, le fait de se détourner des Kinks est plus le fait d'un public dont le goût est à cheval entre les sixties et les seventies, dont le goût est tourné plus volontiers vers les guitar heroes, vers le hard rock, etc., et en même temps le fait d'un public demandeur d'un rock strictement cogneur.

Maintenant, des différences peuvent continuer de s'observer. Il existe différents stades de musique pop ou soul. Les groupes de filles autour de Phil Spector ou Marvin Gaye ne plairont pas à tous les fans de musique sixties qui préfèreront alors une soul plus pêchue du genre Arthur Alexander ou Geno Washington. Les groupes à orientation pop poussée comme The Zombies, Sagittarius, seront eux aussi refoulés par une partie du public pro sixties. Plus c'est doux, plus le chanteur écarte les bras, regarde le ciel et fait "ah!" avec la bouche, plus une partie du public décroche. Mais, l'opposition fondamentale reste entre ce public sixties et les publics qui ont suivi et qui étaient dans le rock progressif, le hard rock, et les tendances plus récentes.
Il me semble aussi observer qu'étrangement le groupe The Grateful Dead ne fait pas l'unanimité. Il ne va pas plaire forcément à ceux qui aiment les pièces montées pop et la soul la plus tendre, sachant que ce public écoute pour du rock bien âpre et que le Grateful Dead n'est pas une musique violente. C'est le savant désordre de la musique du Dead qui semble ne pas passer.
Personnellement, j'écoute The Grateful Dead comme j'écoute les Zombies ou Sagittarius, comme j'écoute le meilleur de la période sixties de Marvin Gaye ou une partie des titres de Stevie Wonder, malgré parfois les sons étranges qu'il peut laisser passer. Je suis à la charnière des deux tendances apparemment.


Maintenant, il y a bien quelques groupes moins souvent cités qui me marquent.
Deux références s'imposent nettement à mon esprit : Fleetwood Mac période Peter Green et Rory Gallagher.

Une recherche sur le net tend à le montrer. Google privilégie les titres de la seconde époque à succès du groupe. On tape le nom du groupe et vous avez des hits des années 70 qui surgissent. Quant au public sixties, s'il cite un album de la première période, c'est nettement le premier album très blues. Or, la formation Fleetwood Mac a deux époques distinctes, une d'inspiration blues, une autre avec une grandiloquence orchestrale pop, et cette seconde période très brève est celle d'un accomplissement guitaristique étonnant qui fait de Fleetwood Mac la réalisation de ce qu'on peut rêver de voir sur scène comme classe, créativité et virtuosité d'un leader et d'un groupe, dans une dimension blues, rock, pop, où l'instrumental prend la bonne part dans une oeuvre qui reste mélodique et profonde.
La méconnaissance de l'oeuvre de Fleetwood Mac est pour moi l'une des plus grandes énigmes de l'histoire du rock. Il est toutefois certain que la seconde période du groupe est marquée par une dimension guitar hero et par des changements mélodiques incessants. Mais c'est pour moi la bonne version. On sent aussi par les titres comme "Man of the world" ou "Albatross" que des universaux nous sont livrés. Enfin, la deuxième version du titre rallongé jusqu'à 25 minutes Rattlesnake shake du Live in Boston en 1970 (volume 2 d'une édition 3 CD) n'a aucun mal à concourir au titre d'une des plus grandes performances scéniques rock de tous les temps, une des plus dévastatrices avec un sommet à la guitare et un climax fou de par l'unité orchestrale d'un groupe. Etonnamment, la reprise de "Black magic woman" par Santana est plus connue que l'original.
Peter Green est l'un des plus grands guitaristes sixties, un génie de la composition, sa voix est superbe et je donne ci-dessous l'évidence intense de premiers titres blues. Il a fait partie de la formation de John Mayall and the Bluesbreakers. C'est assez étrange de ne pas l'associer à la gloire des guitaristes anglais Eric Clapton, Jeff Beck, Jimmy Page et Mick Taylor, quand on sait que deux noms de groupes suffisent à les réunir sur le papier (Yardbirds et Bluesbreakers de John Mayall) . La drogue a eu raison de Peter Green, je donne encore pour comparaison deux titres du groupe qui a repris en conservant le même nom, dans la mesure où des membres comme le batteur et le bassiste se sont maintenus. Je ne me suis pas intéressé au second groupe dont je n'ai qu'un album et des titres sur compilation.



Rory Gallagher est sans aucun doute pour partie réputé auprès de ceux qui ont vécu dans les années 70 et qui privilégient les guitar heroes. J'ai remarqué qu'un pro sixties peut préférer la première époque de Gallagher sous la forme du groupe Taste, alors qu'en général la légende est celle de l'artiste en solo. Deuxième note particulière, dans l'encyclopédie des groupes de rock sixties anglais à laquelle Mick Farren des Deviants a participé, il est reproché à Gallagher d'avoir dissout sans raison le groupe Taste puisqu'il a continué à faire le même style de blues et rock, ce qui, sans rien juger de la qualité, sans dire ce qu'on pense des chansons, n'est clairement pas un jugement favorable. Pour moi, Rory Gallagher est quelqu'un de simple, tout simple, humainement. J'adore les albums avec le groupe Taste, puissamment orgiaques, mais ce qui me marque plus encore c'est l'accomplissement de la période solo qui va jusqu'à l'Irish Tour. La classe intime des premiers albums solos s'intériorisent fortement : Rory Gallagher et Deuce dont je ne mets ici que deux titres pourtant, les deux lives officiels sont exceptionnels : Live in Europe et Irish Tour 74. Format rock évident pour tous, l'album Tattoo est un classique, mais je suis toujours étonné de la difficulté qu'il y a à rencontrer l'album Blueprint dans les bacs malgré la légende de perfection qui entoure la prestation live de Walk on hot coals au cours de l'Irish Tour, d'autant que je trouve qu'il y a eu une rupture nette après l'Irish Tour. L'album Calling Card est le dernier grand album en 76, sinon même si j'aime bien Against the grain, Photo finish, Top Priority, et même jusqu'au dernier album, je trouve qu'il y a vraiment une différence sensible de génie, de volupté et finesse musicale des compositions, exécutions. La magie réelle va pour moi jusqu'en 74 avec un immense compositeur, un guitariste exceptionnel qui n'a rien à envier au groupes des guitar heroes sixties qu'il rejoint, avec aussi des créations qui sont voluptueusement fines et fortement intériorisables sans jamais être un effet de manche d'un lieu commun attaquant nos viscères.



Evidemment, à côté des groupes anglais qui tendent à faire l'unanimité, les pro sixties peuvent préférer globalement l'idée de la musique américaine à celle de la musique anglaise, ce qui se fonde sur le fait qu'on peut fouiller sans arrêt l'Amérique, et qu'elle a une plus grande longévité en ayant constamment fourni du bon rock des années 40-50 à aujourd'hui, constance qui ne semble pas comparable en Angleterre où si des groupes à succès ont continué de fleurir, c'est parfois en fonction de styles et influences dans lesquels ne se reconnaissent pas toujours les pro sixties.
Mais, parmi les groupes américains célèbres à l'époque, deux ne font pas forcément l'unanimité : The Grateful Dead comme je l'ai dit plus haut qui peut plaire sans plus et Creedence Clearwater Revival.
Personnellement, le génie du Grateful Dead relève de l'évidence quand on n'écoute ne fût-ce qu'un best of, Skeletons from the closet, puisqu'au-delà le rapport aux albums peut plus impliquer les aspirations personnelles de chacun. Encore qu'à mon sens, les chansons de trois minutes des deux albums majeurs Workingman's dead et American Beauty ont toutes les raisons de faire l'unanimité, de produire du plaisir entraînant (Workingman's dead) ou du vertige (American Beauty). Je vous souhaite tout de même d'apprécier aussi Dark Star ou Aoxomoxoa qui ont précédé. Dans les lives officiels de la grande époque, j'adore Live / Dead, The grateful Dead de 1970 qui pourtant ne fait pas l'unanimité, The Bear's choice et le Live in Europe est déjà un peu du déclin. J'ai bien sûr pas mal de concerts de 67 à 72, soit des bootlegs, soit des dick's picks, la fameuse série lancée par les fans.
La drogue a visiblement terrassé le groupe à partir de 1972, puisque passé ce seuil il faut trier les lives pour ne rien dire de la baisse de régime des albums studios. Mais on restera sur ce qui a précédé et la vaste collection de performances lives accessibles. Le guitariste Jerry Garcia a parfois joué avec d'autres grands noms californiens comme Jefferson Airplane ou David Crosby, mais notamment le groupe country rock New riders of the purple sage dont je retiens ici la reprise d'Honky Tonk Women des Stones.


Pour ce qui concerne Creedence Clearwater Revival, il y a bien parfois une manière d'interprétation qui donne l'impression d'une musique tracée au cordeau, mais cela reste un grand groupe et il y a, malgré la sévère critique précédente, de la magie, notamment avec leur version psychédélique de onze minutes de I heard it through the grapewine. Proud Mary a tout de même marqué Bob Dylan comme Ike and Tina Turner. Le leader John Fogerty est à la fois un compositeur et une voix exceptionnelle. Le groupe s'est séparé dans la haine, avec des rancunes insurmontables, et la carrière solo de Fogerty n'est guère marquante malgré tout de même deux, trois albums tardifs qui le font, en tout cas Revival en 2007. Deux lives circulent, l'un à quatre The Concert, l'autre réduit à trois Live in Europe, et je préfère ce dernier plus vif.


Qu'est-ce qui d'autre ne fait pas l'unanimité chez les pro sixties ? Je dirais David Bowie, Tom Waits ou le rock sudiste dont font partie quelque peu Lynnyrd Skynnyrd ou The Allman Brothers Band.
Pour David Bowie, il est incontestable qu'il a pas mal passé les décennies à l'exception des années 80 du moins au plan des albums et à l'exception de son groupe Tin Machine. Ce moindre intérêt pour Bowie peut s'expliquer par un moindre profil sixties en général et sans doute au plan d'une moindre inscription dans les rythmes, harmoniques, repères d'une formation rock. Il faut remarquer aussi que l'image de Bowie s'est faite avec le temps. Le meilleur de Bowie est de toute façon dans le passé. Les albums Black tie White noise, Outside et Earthling méritent une reconnaissance dans les années 90, mais ne sont pas du niveau de ses meilleurs albums qui datent de la période 1870-1878, avec quand même un remarquable intérêt de premières compositions sixties méconnues comme In the heat of the morning, qui a plusieurs versions en fait. On peut même plonger dans plus obscur encore, et non seulement avec ses premiers singles, mais avec les compositions qu'il a faites pour d'autres. Hunky Dory est souvent cité, mais Aladdin Sane est fascinant. Ziggy Stardust ne manque pas de moments forts. Le glam un peu funk de Young americans délivre des compositions moins abouties, mais remarquablement envoûtantes. L'album Station to station est pour sa part une véritable curiosité, ne fût-ce que pour Golden years et Wild is the wind (ou pour un titre moins marquant mais de conception fort originale TVC 15), avant les albums berlinois qui sans aucun doute nous éloignent des sixties. Diamond Dogs, projet avorté d'album-concept à partir du roman d'Orwell 1984 mais sans doute aussi projet parallèle au Berlin de Lou Reed, mélange l'étonnant à ce qui est en revanche insuffisant. Quant à l'album Pin Ups de reprises rock, il est surtout le tremplin pour écouter les originaux. Les albums des années 80 sont très décevants en comparaison des hits sur 45 tours qui, eux, contribuèrent à faire durer Bowie dans le temps sur le devant de la scène. Les albums des années 90 furent bons en regard de leur époque, mais Bowie devient aussi un artiste qu'on peut surestimer et je ne suis pas convaincu par ses performances en live.


Tom Waits retient peu lui aussi l'attention des sixtiesants, malgré ses liens avec Keith Richards. Pourtant, plusieurs chansons coupent le souffle et ce jusqu'à tardivement puisqu'il s'agit là encore d'un artiste qui a su se créer une longévité et se renouveler.
Il commence très tôt à forcer sa voix, mais on peut séparer deux époques, une première avec un style plus blues et jazz, et une seconde beaucoup plus folle avec des sons plus rock, moins rétro en tout cas. Les deux époques sont remarquables. L'année 83 a été le tournant.
Je suis marqué par Rain Dogs, Frank's wild years et Bone Machine pour ce qui est de la seconde période. On remarque au passage que Yesterday is here a un petit air inspiré de The House of the rising sun, mais en plus je suis facilement marqué à fond par le vague-à-l'âme de chansons comme Cold cold ground, Hang down your head et plusieurs chansons de Bone Machine, au-delà donc des titres qui font référence. Après, les albums qui ont suivi The Black rider et Mule variations m'ont encore plu, mais sans autant me marquer, puis j'ai moins d'intérêt pour la suite.
Sur la première période, j'ai d'abord connu l'album Blue Valentines, mais j'ai un choix de titres marquants au travers des albums, sachant que j'ai agrandi la collection avec deux volumes Early years.



Je finis par le rock sudiste. Il doit me manquer des choses à dire, mais ce sera tout pour cette fois de toute façon.

Je ne parle pas du groupe des années 70, mais de cet album de 1991, Shades of two worlds, que je trouve très bon, que j'aime bien écouter. Il est vrai que joue le fait que je l'ai connu dans ma période de découverte musicale intense au début des années 90, mon cerveau l'associe sans doute à du bon souvenir. Mais cela révèle des facettes et des demandes musicales possibles de mon esprit. Mais peu attentif au rock sudiste, je ne m'étais pas rendu compte que mon album The Last Rebel de Lynyrd Skynyrd datait de 1993, ce qui explique l'absence de titre en commun avec un best of deux CD vu chez quelqu'un d'autre.


Il est vrai que je n'ai pas fouillé le rock sudiste, mais je ne boude pas l'écoute ou l'ambiance.

mardi 8 octobre 2013

Mon parcours rock des années 2000

1999, un équivalent de Fun House, introuvable aujourd'hui,

Jack Meatbeat and the undeground society

Sur le seuil des années 2000 : 1999, un équivalent de Fun House, introuvable aujourd'hui,

Back from world war III

Stay and dance

Back to the delta

Ryan Adams (ne pas confondre)
De l'americana, superbe, l'album Heartbreaker, puis l'album Gold

 Come pick me up

Why do they leave

Call me on your way back

Answering bell

Devendra Banhart

Psyché rétro pour la jeunesse bobo d'aujourd'hui de prime abord, mais très très bon hyper intimiste Il a évolué vers un plaisir grand public, les débuts sont plus particuliers, à noter les albums Rejoicing in the hands et Nino rojo

 Little yellow spider

 Carmensita

 Feel just like a child

Wake up, little sparrow / At the hop

A sight to behold

Hey Mama wolf

The Strokes

Trois albums vraiment pas mal au début des années 2000, en particulier Is this it? First Impressions of earth envoie également

 You only live once

 Juicebox

 Hard to explain

 The modern age

 Last nite

Take it or leave it

The White Stripes

Duo sans doute inspiré de la formation duo Suicide, The White stripes est une référence incontournable, les albums Elephant ou White blood cells et autres, mais le deuxième album De Stijl m'emporte par son côté rauque et roots

 Seven Nation Army

The Hardest button to button

Hello Operator

You're pretty good looking (for a girl)

Amy Winehouse

Remarquable, des titres intemporels souls ou rhythm'n'blues des années 2000

Rehab

Back to black

Beck
Avec les albums Odelay, Sea change et un ou deux autres, Beck s'en sort pas mal

The Golden age

The Brian Jonestown Massacre

Un groupe que je peux creuser

 Straight up and down

The Libertines

Je n'apprécie pas autant que The Strokes ou The White Stripes, mais Pete Doherty reprend plein de trucs sixties et le résultat final a le parfum et l'originalité

 Up the bracket

Dreaming of you

Pete Doherty

I am the rain

The Strypes

Du bon revival rock

Blue collar Jane

CocoRosie

Moins mon style mais pas mal du tout

 Lemonade

Holly Golightly




Je triche un peu, mais elle est géniale
Ancienne des Headcoatees, groupe féminin équivalent des Heacoats, un des nombreux groupes de rock garage de Billy Childish, elle fait une carrière solo depuis environ 1995, avec de très très bons albums

 There's an end

 Devil do

 Slowly byt surely

 Dan Melchior & Holly Golightly

Why don't you love me

Desperate little town

Directly from my heart (reprise de Little Richard)

J'évite ici de citer des artistes plus anciens qui ont fait de bons albums dans les années 2000

Voilà

lundi 5 août 2013

Grands groupes rock des années 90 et 2000

(On me reprochera l'absence de certains noms, mais ce sont principalement les noms suivants que je retiens et j'ai évité de citer des noms bien connus pour leur oeuvre dans les décennies antérieures (sauf groupe ou duo ou solo nouveau). J'ai intégré les Gories, Mick Jagger et Keith Richards aux années 90. Je ne choisis pas forcément un titre emblématique.)

The Gories

Hidden charms

The Oblivians

Sunday you need love

Walter Daniels, The Oblivians and monsieur Jeffrey Evans

Someday my prince will come

Jack Meatbeat and the underground society

Stay and dance

The Devil Dogs

Back in the city

New Bomb Turks

Born Toulouse-Lautrec

Paul Westerberg

Lush and green

Keith Richards

You don"t move me
Hate it when you leave

Mick Jagger

Sweet thing

The Prime Movers

Sublime

Graham Day and the Gaolers

Disown me

Holly Golightly

Devil do

Holly Golightly and Dan Melchior

Why don't you love me

The Black Crowes

Jealous again

Oasis

Fucking in the bushes

G Love and Special Sauce

Blues Music

Beck

Where it's at

Eels

Not ready yet

Ryan Adams

Why do they leave

The Strokes

Last nite

The Whitye stripes

You're pretty good looking (for a girl)

Devendra Banhart

This is the way

Amy Winehouse

Rehab

Wreckless Eric and Amy Rigby

The Downside of being a fuck-up

dimanche 16 juin 2013

Albums de Rory Gallagher (et Taste)

Je me suis dit, ce Rory Gallagher diffère des stars du rock, c'est un garçon simple, il mérite un hommage. Et voyons voir quel!

On peut préférer les Saints ou on peut préférer Chris Bailey en solo, on peut préférer The Plimsouls ou bien Peter Case en solo, etc. Rory Gallagher est lui essentiellement connu pour sa carrière solo, sa discographie étant bien présente dans le commerce, mais il a débuté sous la forme d'un groupe dont la création était déjà exceptionnelle. Il s'agit d'une formation pleine de tonus délivrant un rock sauvage et raffiné à la fois. Le groupe a sorti Taste et On the boards, deux albums de titres enregistrés en studio en 69 et 70, avant de se séparer. Deux autres albums lives ont vu le jour en 71: Live Taste et Live at the Isle of Wight. Ces deux lives montrent assez le plaisir éprouvé par le public qui eut le privilège de les voir et entendre sur scène.
Rory joue parfois du saxophone, on observe la présence de reprises. On peut regretter que cette veine rock et âpre n'ait pas eu de suite. Nous sommes dans la foudre et l'excitation. La suite solo montre pourtant une certaine continuité du "same old Rory" avec selon moi un génie musical accru par l'intériorisation de 71 à 74. Des titres délicats d'On the boards annoncent toutefois les prodiges intimistes des albums à venir. S'il ne chante pas, il va pleurer, mais ce guitariste n'est pas un manche...
Une compilation de 1974 portait un titre génial : "In the beginning, an early Taste of Rory Gallagher".

Taste (1969)

Blister on the moon
Same old story
Catfish
Sugar Mama
Born of the wrong side of time

On the boards (1970)

What's going on
Railway and gun
It's happened before, it'll happen again
See here
On the boards
If I don't sing, I'll cry

Taste Live (édité en 1971)

Gambling Blues
Feel so good

Live at The Isle of Wight (édité en 1971)

SinnerBoy

L'entente au sein du groupe n'était pas vraiment bonne, Rory Gallagher entame alors une carrière solo qui commence par deux albums de titres studio absolument vertigineux qui ne peuvent que le placer parmi les plus grands noms de l'histoire du rock: le premier éponyme Rory Gallagher et le second Deuce, tous deux datant de la même année 1971. Sinner Boy passe des performances lives de Taste à la dimension de titre studio sur son premier album solo, mais l'avalanche de titres sublimes se fait, des titres tous vibrants, tantôt rock, tantôt intimistes.

Je garde l'ouverture Laundromat pour les vapeurs folles du Live in Europe de 72, et je commence par ce petit bijou I'm not surprised suivi par un titre acidulé avec du saxophone lui aussi très apte à capter les humeurs mêlées de l'âme Can't believe it's true.

I'm not surprised
Can't believe it's true

On peut aussi trouver le déchirement dans toute son âpreté rock guitaristique, griffée de puissants sursauts, avec For the last time.

For the last time
Wave myself goodbye

Et on poursuit le voyage de splendeur avec toute la poésie harmonique et mélodique de Just the smile.

Just the smile
It's you

Mélange de grâce et de coups portés à la torpeur ambiante avec I fall apart où toujours le défilé des notes à la guitare illumine le réel avec une justesse, un goût, une retenue même et un sens de la création inconnus de la plupart des héros de la six cordes.

I fall apart

Non pas la guitare, mais toute la musique de Rory est braquée sur vous... et puis elle vous échappe en boeuf solo qui vous entraîne.

Hands up

Incroyablement, Rory a donné un petit frère immédiat à cet album fou, la même année : Deuce. Ce second opus solo a pour but d'exprimer en studio une certaine intensité, une certaine sonorité live, et le résultat est d'une fraîcheur saisissante.

Il s'ouvre par un bijou intimiste incroyable, et se partage entre titres délicats à souhait et bombes rock'n'rolliennes sorcièrement ciselées.

I'm not awake yet

Le mélomane se régale :

Out of my mind
Don't know where I'm going
Maybe I will
Should've learnt my lesson

Il se perd même dans l'espace :

There's a light

Et le mélomane se régale encore avec tout le déchaînement contrôlé et magistral de la vague de titres suivante:

Used to be
Whole lot of people
In your town
Crest of a wave

Et cela se poursuit par un live qui est un album à part entière, à savoir le Live in Europe qui contient des titres inédits: l'affolant Going to my hometown, l'ouverture de Messin with the kids ou la reprise de Bullfrog Blues ou encore le long blues lent que s'approprie parfaitement le génie Irlandais I could've had religion. Laundromat et In your town des deux premiers albums figurent ici aussi. Ce qu'il se passe est immense.

Live in Europe (1972)

Laundromat
Going to my hometown
I could've had religion
Bullfrog blues
Messin with the kids

Evidemment, tous ces albums sont sortis avec des bonus tracks en CD, et même un bonus track de Live in Europe, ça se court. Un frisson immense.

Blueprint (1973)

Rory Gallagher reprend alors la voie des albums de titres enregistrés en studio. Le meilleur de Rory Gallagher, c'est ces quatre premiers albums studio en solo et ces deux premiers albums live en solo toujours. Rory Gallagher et Deuce forment un duo avec son unité, voici deux albums différents et même différents l'un de l'autre : Blueprint et Tattoo, bien qu'ils soient tous deux de 73.
L'album Blueprint est étrangement peu présent dans les bacs. Il contient pourtant un des grands titres qui ont rendu l'album live Irish Tour 74 immortel à jamais : Walk on hot coals. Et sa veine ne s'arrête pas là. Le son de ces chansons est plus particulier, quelque peu étrange et inhabituel, et il annonce un peu Tattoo, il s'agit encore de titres d'intériorisation forte, de torpeur secouée, et de finesse instrumentale prolongée.

Daughter of the everglades
Seventh son of a seventh son
Race the breeze

Le purisme des sources se permet parfois un virage quelque peu moins nettement blues et quelque peu joyeux. Le plaisir domine en artiste.

Hands off

En bonus track, une reprise sixties qui comporte des allusions à d'autres célèbres formations du British Boom.

Treat her right

Le pur blues se retrouve avec Banker's Blues.

Banker's Blues

Et puis Rory fait montre de son incroyable connaissance des perspectives musicales ouvertes au joueur de guitare avec cette surprenante et réussie incursion dans un style jazz rétro.

Unmilitary two-step

La délicatesse permettant au chant de prédominer, comme il arrive parfois dans la musique de Rory, se retrouve dans la ballade If I had a reason.

If I had a reason

Tattoo (1973)

Quatre titres de l'album Tattoo figurent sur l'Irish Tour 74. C'est un album musicalement efficace qui conjoint l'effort fait pour les mélomanes et le goût rock du plus large public. Voici les quatre titres qui sont pénétrés de l'héritage des albums précédents, du blues, en dépit de leurs signes de modernité.

Tattoo'd lady
Cradle rock
Who's that coming
A Million miles away

L'album aligne d'autres perles d'un rock envoûtant, ou tendue et acérée moelleusement.

Livin' like a trucker
Sleep on a clothes-line
Admit it

Comme sur Blueprint, la finesse musicale s'instaure sur les parties acoustiques de 20:20 Vision, avec une sacrée combinaison de piano, et cela se poursuit dans l'étonnante invention mélodique toujours embellie de piano, l'intense, classieux et swinguant They dont make them like you anymore.

20:20 Vision
They don't make them like you anymore

Irish Tour '74 (1974)

Rory revient alors au live avec un album où les titres préalablement imposés par des versions studio sont réinterprétés de manière remarquable, à l'exemple du Get yer ya-ya's out stonien. La magie est tout simplement éblouissante. Le titre suivant devient une véritable apothéose, un instant incommensurable qui touche à l'éternité.

Walk on hot coals

Des reprises inédites parcourent aussi ce nouvel opus. La partie rock étant plus assumée par les compositions de Gallagher, celles-ci offrent les virtualité blues intériorisées de son jeu ou même acoustiques avec la reprise de Tony Joe White.

I wonder who
Too much alcohol
As the crow flies

Et tout cela s'entraîne dans la grande danse de Rory, unfinished two-step.

Back on my stomping ground

Hélas, après ces six albums, le retour en studio semble avoir été dur, Rory Gallagher ne sera plus jamais aussi grand, et si l'album Calling card de 1976 mérite encore de grands honneurs, le contraste de l'album de 1975 Against the grain avec tout ce qui a précédé fait mal au coeur. Il n'en contient pas moins de bonnes compositions, ce n'est pas la chute libre.

Against the grain (1975)

On prend son pied inévitablement avec la reprise rentre-dedans I take what I want.

I take what I want

Reprise de Leadbelly.

Out on the western plain

Bought and sold, Ain't too good, il y a de bons titres, mais ils ne rivalisent pas avec ceux des albums précédents. Ils sont moins habités par un esprit de création musicale.

Mais, Rory s'est ressaisi et, sans l'atteindre à nouveau pleinement, il effleure le sommet avec Calling card qui a en outre le mérite de l'originalité, comme le montre très bien la chanson-titre, Jack-knife Beat, Do you read me ou bien Edged in blue.

Calling card (1976)

Calling card
Jack-Knife Beat
Edged in blue
Do you read me

La veine de 1971 et de Blueprint se maintient.

I'll admit you're gone
Barley and grape rag

Country mile représente en plus moderne une certaine veine de Gallagher.

Country Mile

La veine rock plus lisse, mais efficace, s'annonce avec Secret agent. Un changement d'époque apparaît dans ce tournant de la musique signée Rory Gallagher.

Secret agent

Dans les bonus tracks de l'album, on trouve une version précoce de Public enemy, titre qui figurera finalement sur l'album de 1979 Top priority, et on note que Moonchild, perle rock étrange un peu lisse et minimaliste dont les sons sont dessinés pour emporter est la soeur aînée de Follow me qui ouvrira trois ans plus tard l'album Top priority justement.

Moonchild

L'album suivant ne sortira pas en 1977, mais en 1978, dans l'achèvement de la victoire punk, avec son retour à un rock moins sophistiqué, victoire qui a du bon contre une quête abusive de l'élaboration, mais qui peut faire bien regretter la sophistication de certains comme Gallagher. Gallagher sort deux bons albums en 78 et 79, mais il n'est plus le même, le génie qu'on ne peut qu'unanimement admirer pour sa richesse, son inventivité, sa finesse, sa justesse à l'oreille du mélomane, etc. Rory est devenu trop lisse, trop premier, même si ce qu'il produit continue d'être au-dessus du lot. Il inspire moins l'âme en se concentrant sur l'excellence de vertiges.

Photo-Finish (1978)

Brute Force and Ignorance
Cloak & Dagger
Overnight bag
The Mississippi sheiks

Top priority (1979)

Follow Me
Philby
Bad penny
Just hit town
Public enemy n°1
The Watcher

L'album live Stage Struck de 1980 est bien décevant en comparaison de Live in Europe et Irish Tour '74. En revanche, même s'ils vont s'espacer, les trois derniers albums studio de Rory Gallagher, tout en n'étant plus des sommets, conservent le charme de belles plages musicales qui étonnent par contraste avec la misère des années 80 sur les grandes ondes.

 Jinx (1982)

The devil made me do it
Big guns

Defender (1987)

Loanshark Blues

Fresh evidence (1990)

The King of Zydeco

**

On peut courir les bootlegs de Rory Gallagher, il est aussi d'autres albums dans sa discographie. Le double des BBC Sessions, la compilation acoustique posthume Rory de 2003, l'album Notes from San Francisco qui essaie de donner le projet initial d'album avant que cela ne devienne Photo-Finish.

lundi 10 juin 2013

Les plus grands noms du rock selon moi (partie 1)

Un mélange de grands noms du blues et de grands noms du rock s'imposerait : Muddy Waters, Elmore James, Howlin' Wolf et bien d'autres ont à voir avec le rock. Je ne résiste pas non plus à l'idée de saluer les versions originales de Louie Louie, My baby left me, Good rockin' tonight et Rocket 88 (ce titre fait partie de ceux qui sont souvent cités, dans un débat il est vrai peu évident, comme le premier rock'n'roll de l'histoire). Ou bien un titre de Screamin' Jay Hawkins ou un des Staple Singers, quand le père imposait à ses filles de meilleurs choix musicaux. Je me suis même permis les Delmore Brothers des années quarante et The Carter Family (année trente) pour montrer un peu des racines méconnues parfois de ce qu'on écoute aujourd'hui.

Muddy Waters - Baby please don't go
Muddy Waters - Mannish boy
Muddy Waters - I just want to make love to you

Howlin' Wolf - Meet me in the bottom
Howlin' Wolf - Killing floor

Elmore James - Dust my broom

Sonny Boy Williamson II (Rice Miller) - It's a bloody life

Slim Harpo - Scratch my back
Slim Harpo - Got love if you want it

Richard Berry - Louie Louie

Roy Brown - Good rockin' tonight (1947)

Arthur Crudup - That's alright Mama
Arthur Crudup - My baby left me

Jackie Brenston (avec Ike Turner) - Rocket 88

Screamin' Jay Hawkins - I put a spell on you

The Staple singers - Maybe the last time

The Delmore Brothers - Blues stay away from me

The Carter Family - Keep on the sunny side

Dans les années 50, les noms qui se dégagent sont ceux d'artistes solo. Bien que la musique de Chuck Berry hérite beaucoup de ses prédécesseurs, son célèbre solo de guitare est une démarcation de T-Bone Walker et se retrouve aussi chez Elmore James, etc., il est sans aucun doute la grande référence rock'n'rollienne de cette époque aux côtés de Bo Diddley et Ray Charles. Ils sont accompagnés, mais avec un répertoire moins étoffé, par Little Richard. Larry Williams, Fats Domino, Esquerita suivent également. Charlie Feathers, Buddy Holly, Eddie Cochran, Rick(y) Nelson, Gene Vincent, Carl Perkins, Jerry Lee Lewis sont d'autres grands noms de cette époque, et dans une moindre mesure Elvis Presley. Deux duos sortent du lot : The Everly Brothers et The Louvin Brothers.
Une certaine musique soul et rhythm'n'blues se développe également.

Chuck Berry - Johnny B. Goode
Chuck Berry - Memphis, Tennessee
Chuck Berry - Sweet little sixteen
Chuck Berry - School days
Chuck Berry - Reelin' and rockin'

Bo Diddley - Before you accuse me
Bo Diddley - I'm a man
Bo Diddley - Road Runner
Bo Diddley - Bo Diddley
Bo Diddley - Who do you love

Little Richard - Lucille
Little Richard - Tutti frutti
Little Richard - Long, tall Sally

Larry Williams - Slow down

Charlie Feathers - Can't hardly stand it
Charlie Feathers - One hand loose
Charlie Feathers - That certain female

Eddie Cochran - Summertime blues
Eddie Cochran - C'mon everybody

Jerry Lee Lewis - Breathless
Jerry Lee Lewis - Whole lotta shakin' goin' on

Ricky Nelson - Lonesome town

The Everly Brothers - Wake up little Susie
The Everly Brothers - Bye Bye love

The Louvin' Brothers - Satan is real
The Louvin' Brothers - Knoxville girl

Pour les années soixante, je ne m'attarde pas sur la période de transition du début des années 60. J'aime bien quelques instrumentaux des Shadows, mais ce n'est pas du grand rock. Il y a aussi les groupes de filles en Amérique et Phil Spector, mais là encore je n'ai pas à m'y appesantir. Je ne fais pas une histoire du rock, je dégage ce qu'il a de plus fort. Pour les instrumentaux, on peut préférer Link Wray ou bien Booker T and the MG's. Toutefois, un groupe fabuleux, dont une partier du répertoire est justement instrumentale, est à signaler au tout début des années soixante : The Wailers ou selon leur nom à rallonge The Fabulous Wailers, pour ne pas les confondre avec d'autres. C'est d'ailleurs des Fabulous Wailers qu'est partie en réalité la déferlante de reprises de Louie Louie, même si la façon de la jouer des Kingsmen, groupe en réalité sans intérêt, a marqué les esprits.

Link Wray - Fatback

Booker T. and the MG's - Green onions

The Fabulous Wailers - Frenzy
The Fabulous Wailers - Wailers House Party
The Fabulous Wailers - Summertime (reprise)
The Fabulous Wailers - Zig Zag
The Fabulous Wailers - Out of our tree
The Fabulous Wailers - Sac O'Woe

Evidemment, vient à l'esprit la déferlante anglaise à partir de 1963-1964 avec une identité musicale qui va varier quelque peu mais qui a sa cohérence jusqu'à la nouvelle transition de 72-73. Les groupes anglais majeurs sont les Rolling stones, les Who, Fleetwood Mac (avec Peter Green) et les Kinks, même si ces derniers ne peuvent rivaliser en tant qu'orchestre avec les trois précédents. Rory Gallagher pourrait leur faire cortège, un pied dans les sixties avec son groupe Taste, mais il deviendra véritablement génial en solo en 71. Mais beaucoup d'autres noms doivent être cités. The Them et puis Van Morrison, puisque le leader des Them poursuivra une carrière géniale, mais aussi The Small Faces, The Yardbirds, The Pretty things, The Beatles, Donovan, The Easybeats, Pink Floyd (période Syd Barrett essentiellement), Kaleidoscope, Traffic, Timbox, The Creation, The Action, The Zombies, The Fairport convention,  Led Zeppelin, The Animals, et bien d'autres encore, Cream, Move, The Birds, The Troggs, The Artwoods, The Attack, The Marmalade, etc., etc. Pour les Stones et les Kinks, j'évite un peu les attentes. Pour les Who, je privilégie la première période, là encore significativement.

The Rolling Stones - Jumpin' Jack Flash (démo, version différente)
The Rolling stones - I'm going down (chute de studio en 69)
The Rolling stones - Have you seen your mother, baby, standing in the shadow?
The Rolling stones - It's not easy
The Rolling stones - Heart of stone
The Rolling stones - Yesterday's papers
The Rolling stones - We love you
The Rolling stones - Dead flowers
The Rolling stones - Loving cup
The Rolling stones - Silver train
The Rolling stones - Time waits for no one
The Rolling stones - Before they make me run

The Who - My Generation
The Who - Substitute
The Who - The Kids are alright
The Who - Can't explain
The Who - Happy Jack
The Who - Armenia city in the sky
The Who - Pictures of Lily
The Who - I can't reach you
The Who - Sally Simpson

The Kinks - Lola
The Kinks - Waterloo sunset
The Kinks - Set me free
The Kinks - Days
The Kinks - Picture book
The Kinks - Shangri-La
The Kinks - 20th century man
The Kinks - Dandy
The Kinks - Dead end street
The Kinks - Big black smoke
The Kinks - Do you remember Walter

Fleetwood Mac - Love that burns
Fleetwood Mac - Man of the world
Fleetwood Mac - Albatross
Fleetwood Mac - Black magic woman
Fleetwood Mac - Closing my eyes
Fleetwood Mac - Oh well
Fleetwood Mac - Rattlesnake shake (live Boston)
Fleetwood Mac - Long grey mare
Fleetwood Mac - A fool no more
Fleetwood Mac - Drifting
 
The Them - Gloria
The Them - Mystic eyes
The Them - Can only give you everything
Van Morrison - Brown eyed girl
Van Morrison - Someone like you
Van Morrison - Cyprus avenue
Van Morrison - TB Sheets
Van Morrison - Madame George
Van Morrison - Moondance

A suivre...

lundi 3 juin 2013

Albums des Rolling stones (partie 1, lives et carré d'as)

On parle de carré d'as avec les albums Beggar's Banquet (1968), Let it bleed (1969), Sticky Fingers (1971) et Exile on main street (1972), en se gardant en joker Aftermath dont il sera encore question plus loin, suite d'albums à laquelle ajouter le live Get yer ya-ya's out (1970, 1969 pour les prestations).
 Les plus grands succès des Stones ne figurent pas sur ces quatre albums, la stonemania est déjà passée (64-66, sinon début 67). Jumpin' Jack Flash et Honky Tonk Women seront en tête des ventes en Angleterre et datent respectivement de 1968 et 1969, mais il ne figurent pas tels quels sur les albums formant notre carré d'as, à ceci près que Country Honk sur Let it bleed se présente comme une variante du titre Honky Tonk Women. Les deux succès figureront toutefois sur le live Get yer ya-ya's out dans des versions éblouissantes.
Côté live, la discographie stonienne est dans l'impasse. Le groupe est mythique et sa réputation scénique bien entretenue. Mais, les concerts des artistes anglais en général, à la différence de ce qui se faisait côté californien, n'étaient pas soignés avant 1968. Les Rolling stones n'ont pas non plus abondamment joué en live de 68 à 71 et l'abondante matière de 72 et 73 n'a pas donné lieu à des éditions de lives officiels.
C'est ainsi. Quelqu'un voulant se lancer dans la discographie des stones verra qu'il lui sera déconseillé tous leurs lives officiels, sauf ce Get yer ya-ya's out inversément monté en épingle, et pour cause. Une bonne discographie live des stones passe nécessairement par les bootlegs et se resserre sur une période très ramassée : 68-73, en incluant des événements clefs: Rock'n'roll circus, Hyde Park, Altamont, concert gratuit pour le Nicaragua à Los Angeles en 73. On essaie aussi de puiser la crème de chaque mini-tournée: tournée américaine de novembre 69, tournée européenne de 70, tournée anglaise de 71, tournée américaine de 72, tournée hawaïenne et océanienne en 73, tournée européenne en 73. L'officialisation via le net de Brussels affair permet d'ajouter un second joyau live à la discographie officielle des Rolling stones.

C'est un point faible de la discographie stonienne. D'autres artistes ont su proposer plusieurs lives importants dans leur carrière. Les Rolling stones existent en live essentiellement grâce aux bootlegs. Ou bien grâce à ce joyau qu'est Get yer ya-ya's out.
Le double Love you live est brouillon. La vidéo Let's spend the night together qui correspond à la tournée Still Life ne livre pas pour moi un rock bien inspiré. Flashpoint est un concert très bien fait, mais en étant indulgent quant à l'âge des artistes et aussi quant à des arrangements qui sont quelque peu festifs. Les concerts ultérieurs, il y en a à l'occasion de bien dans les bootlegs, mais on l'a compris, l'intérêt d'écouter un live de la période 68-73 n'est pas comparable avec un quelconque live postérieur. Et je pourrais même avoir la cruauté de dire que sur Got live if you want it je prends mon pied, j'entends les stones. Je n'ai jamais été ennuyé par le fait d'écouter la prestation brouillonne de 65-66. Je trouve cette écoute tout à fait prenante et agréable, en fait.

Evidemment, à cause de cette période live privilégiée, on va attribuer à Mick Taylor une aura particulière, et il est certain que son jeu étincelant est pour quelque chose dans la valeur des concerts stoniens, tout particulièrement de 71 à 73.

La vérité, c'est que la drogue a fini par bousiller Keith Richards et que l'embourgeoisement a gagné le groupe, et notamment Mick Jagger. Du coup, ils n'ont plus été à même de ressourcer un répertoire trop, peut-être pas figé, mais maintenu dans une seule idée des titres à jouer ou ne pas jouer, ni à même de dire à nouveau quelque chose de rock devant le monde. Ils sont pourtant restés de très grands compositeurs, et les titres de Steel Wheels en 1989 ou de Voodoo Lounge en 1994, sans être toujours parfaits, ont la plupart du temps quelque chose d'incroyablement troussé, d'incroyablement trouvé.

Mais, après tous ces détours, j'en reviens au carré d'as. Il me semble qu'à l'époque les stones étaient perçus comme un groupe des années soixante et qu'Exile on main street n'a pas eu une grande reconnaissance initiale.
Aujourd'hui, la tendance s'est inversée. J'ai l'impression qu'on cite plus volontiers Sticky Fingers et Exile on main street que les deux opus de 68 et 69.
Exile on main street de 72 est un double album (18 titres) fabuleux. Sa reconnaissance sur le long terme est une très bonne chose, mais je ne rentrerai pas dans le jeu d'une intelligentsia qui valorise la présence de Taylor et l'idée que Sticky Fingers et Exile on main street ont plus à dire à l'homme moderne que les albums rock et blues bien typés stoniens que sont Beggar's Banquet et Let it bleed. Je ne saurais en douter. Les deux plus grands albums des Stones sont Beggar's Banquet et Let it bleed, voire les deux plus grands albums de l'histoire du rock tout court.

Beggar's Banquet, c'est l'album des 4 "S": Sympathy for the devil, Street fighting man, Stray cat Blues et Salt of the earth. Trois de ces titres figurent sur Get yer ya-ya's out. Le finale Salt of the earth est pour moi la plus belle fin d'album qu'il m'ait jamais été donné d'écouter. En tout cas, moi personnellement, aucune fin d'album ne m'a autant soulevé que la clôture affolante de Beggar's Banquet. Le titre se situe à un niveau de contorsions phénoménal. Toutes ses progressions sont magiques et nous entraînent.
La plage Sympathy for the devil semble née d'une ballade proposée par Mick Jagger dans un esprit dylanien, mais Keith Richards aurait déterminé le groupe à jouer le titre dans l'esprit musical que nous connaissons. Sa danse sauvage emporte tout, sa structure rallongée s'élargit en richesses insoupçonnées, avec très discret le solo de guitare de Keith Richards, procédé qui sera réitéré avec un moindre bonheur, malgré Taylor à la gratte, sur la chute de studio Jiving sister Fanny figurant sur Metamorphosis.
Street fighting man présente l'intérêt du petit miracle acoustique, puisque les guitares acoustiques sonnent alors électriques, et même sauvagement pour des oreilles non encore habituées à ces décibels musicaux en 1968. Le solo qui traversait toute la maquette originale, alors intitulé Everybody pay their dues, sera reconduit dans les prestations lives avec notamment la version de Brussels affair, qui est d'ailleurs en réalité une prise d'un concert anglais et non du concert bruxellois lui-même.
Street fighting man a été pensé sur le modèle structurel de Jumpin' Jack Flash, ce qui en fait deux chansons soeurs en dépit des apparences sonores distinguant les deux morceaux.
Je n'ai rien dit de la griffe de Stray Cat Blues. L'album regorge d'ailleurs d'autres pépites. Blues et slide : Jig-saw puzzle, Dear doctor, Parachute woman, et puis No expectations avec sa mélodie parfaite de piano en prime. Factory girl aura le curieux honneur de figurer sur l'album Flashpoint, curieux mais juste honneur encore une fois. La reprise Prodigal son est d'autant plus exceptionnelle qu'elle l'est d'un bluesman dont on peinera à trouver un disque dans les magasins les plus spécialisés.

L'autre immense album des stones, c'est Let it bleed. Il était sans doute prévu entre Stones et Beatles de jouer au jeu de l'opposition: Let it be contre Let it bleed, mais l'opération tourne court, puisque Let it be ne sortira que bien plus tard, voire après l'album Abbey Road aux enregistrements pourtant postérieurs.
Mais, la comparaison est inutile, tant la supériorité du répertoire stonien est écrasante.
L'album s'ouvre sur le titre le plus merveilleux ayant jamais introduit un album : Gimme shelter. 69 est une année marquée par la qualité exceptionnelle des introductions pour les Stones. Après l'intro de Honky Tonk Women, celle de Gimme shelter. L'album se poursuit par une reprise exceptionnelle de Love in vain et justement une version différente de Honky Tonk Women. On peut observer d'ailleurs que d'une part Love in vain en seconde position fait écho à No expectations sur l'album précédent que d'autre part des notes avec leur chaleur, leur couleur passent de Love in vain à Country Honk, à tel point que Love in vain nous fait entendre que le klaxon de Country Honk n'est pas un accident, puisqu'il participe lui-même d'une stratégie d'échos sonores distribués entre les titres.
Le morceau-titre Let it bleed prolonge nettement le centre blues de Beggar's Banquet avec Dear doctor, Parachute Woman et Jig-saw puzzle. La chanson s'étend, mais par une force tranquille. Ce n'est pas un morceau dont on dit il dure cinq minutes. Il dure cinq minutes tout en donnant l'impression d'un titre aussi court que les autres. On retrouve la slide et le chant grave affecté, dans une dimension nettement blues au mille ciselures orchestrales.
Le rock stonien Live with me se fait jour, avec une dimension particulière. Le morceau présente une tension carrée, peu expansive lyriquement veux-je dire, avec un renfort d'harmonique par l'apport orchestral, du saxophone notamment.
Keith Richards s'essaie aussi à intérioriser le blues du delta dans son You got the silver qu'il chante pour l'occasion. Le titre est une réussite entre les reprises de Prodigal son et You gotta move sur les albums avoisinants Let it bleed.
Après Sympathy for the devil, quelle idée géniale pouvait encore fuser pour plonger l'auditeur dans une ambiance comparable, tout aussi déroutante et tout aussi dansante et envoûtante dans une torpeur musicale acérée? Ce fut le nouveau coup de génie, Midnight rambler. Il n'a pas la démarcation musicale de Sympathy for the devil, puisque Midnight rambler s'inscrit pleinement dans les registres blues et rock, mais ses articulations sont complètement désossées, ce qui rend ce titre agressif d'une intense poésie.
Monkey Man est un titre particulièrement curieux de l'album par son son guitare et son piano stellaire. Avec sa classe, les choeurs et les parties guitare, You can't always get what you want est un finale efficace des stones, dont le refrain hante facilement les esprits.

De l'avis même de Mick Taylor, j'avais lu cela dans une interview d'un numéro je crois de Rock and folk conservé à la bibliothèque du lycée Saint-Eugène à Aurillac, Beggar's Banquet et Let it bleed sont les deux meilleurs albums des stones.
Mais Sticky Fingers suit de manière exceptionnelle, et puis Exile on main street.
Les journalistes sont particulièrement désireux d'évincer Keith Richards en ce qui concerne Sticky Fingers. Ils insistent sur le boeuf improvisé de Can't you hear me knocking pour valoriser Taylor. Mais, dans ce boeuf improvisé, est-ce que la splendide partie acérée de guitare qui culmine vers la fin est improvisée, premier problème, car elle est pour le moins construite. Deuxième problème, la première moitié de la chanson est un pur chef-d'oeuvre de mécanique rythmique et harmonique. Les deux parties de la chanson sont superbes pour moi. Il est certain que la touche de Taylor est présente, mais Keith a composé le morceau et la fin du boeuf était prévue. Elle n'a rien d'hasardeux.
On évoque aussi l'absence de Keith Richards sur le titre Moonlight Mile. Il ne joue pas sur ce titre pour lequel il reste crédité. Du coup, on prétend qu'il a été composé avec Mick Taylor. Pourquoi n'a-t-il pas été crédité comme il le sera sur Ventilator Blues l'année suivante? Est-ce que le fait que Keith ne joue pas sur ce titre exclut réellement sa participation à la composition? Cela resterait de toute façon un beau titre du compère Mick Jagger qui a composé aussi le fameux Brown sugar sur lequel les interventions de Richards ont dû être minimes. Le morceau tient par sa splendeur de composition et le riff est juste ce qu'il faut. Il eszt sans doute trop court pour demander le génie de l'élaboration qu'avait Keith Richards. Car Brown sugar n'est pas exactement un rock stonien à riff, alors que c'est un titre rock insurrectionnel éminemment stonien, tout un paradoxe à l'écoute. Mais il est stonien parce que Jagger donne une tenue de route à cela, parce que ça le fait, et aussi parce que, dans son dépouillement en fait de notes, il y a plein d'harmoniques géniales, il faut écouter comment dans la maigreur de leurs partitions, les instruments se tombent dessus et se répondent. Je dirais que c'est une chanson qui est pleine de sons qui se rencontrent, avec des formules d'acrobate entre les plans.
Mais il s'agit encore d'évincer Richards de manière étonnante. Certains journalistes récents attribuent Wild Horses ou Dead Flowers à Jagger. Richards n'y aurait aucune part. J'ai lu cela récemment dans le magazine Rolling stone qui faisait un numéro spécial Rolling stones. Voyant de telles inepties, je n'ai pas acheté le magazine.
Wild Horses est justement une composition spécifique de Keith Richards et pourtant c'est la deuxième fois qu'on veut le priver de cette paternité, puisque, étant donné que Gram Parsons a sorti en premier une version de Wild Horses sur le second album des Flying Burrito Brothers, certains ne se sont pas gênés pour dire que Gram Parsons en était probablement l'auteur. Il faut le faire, décidément. Wild Horses, c'est du Richards, et certaines finesses de Dead Flowers en sus de son autre possible rapprochement avec l'intérêt de Richards pour la musique de Parsons, me font envisager que Dead Flowers peut avoir une mélodie jaggerienne amenée par les paroles, mais que Richards n'est pas étranger à l'affaire. I got the blues est beaucoup plus jaggerien dans le traitement à mon sens. Un titre peu souvent évoqué, mais valorisant pour le jeu vocal de Jagger et pour l'esprit de ses contorsions soul: I got the blues. Sister Morphine est aussi un titre qui sert à évincer Richards puisque l'original a été publié par Marianne Faithful, à tel point que là encore certains ont prétendu qu'elle avait elle-même écrit cette chanson. Il s'agit d'une chanson de Jagger bien évidemment, qui avait alors une tendance à exprimer l'enfoncement glauque dans la drogue et le désenchantement (Cocksucker Blues, I got the blues, Sister Morphine).
Autre titre où on entend évincer Keith Richards: Sway. Il s'agit d'un titre assez symphonique pour guitares, le mot "symphonique" étant un peu provocateur pour cette forme sonorement sauvage qui n'est pas sans prolonger certaines facettes de Stray Cat Blues. Il y a aussi du Moonlight Mile dans l'allure d'ensemble du morceau. Mais c'est joué avec des guitares acérées.
Pourquoi ne pas soutenir par écrit que c'est Mick Taylor qui joue le solo sur Sympathy for the devil ou que c'est Mick Taylor qui a composé Stray Cat Blues? Cela n'est pas possible pour uniquement des dates d'intégration dans le groupe, voilà comme pensent les journalistes.
L'album est pourtant aussi celui d'une reprise sidérante du titre You gotta move à la manière particulière et âpre du bluesman méconnu du delta Fred Mc Dowell, ce qui n'est pas peu.
Reste enfin le titre Bitch tout à fait exceptionnel, dont on peut penser cette fois qu'il n'y ait pas de plan pour dire que ce n'est pas du Jagger-Richards.
Par ailleurs, c'est sa variété et le fait de sonner non plus comme du rock et du blues, mais comme une suite de créations musicales la plupart inscrites dans leur temps, le début des seventies, qui contribue sans doute à faire que cet album brûle la politesse dans l'estime de certains à Beggar's Banquet et Let it bleed.
En 1972, nous passons alors à Exile on Main street.
C'est un album à part dans la carrière des Stones, car il n'a pas eu pour la première fois un véritable succès. Pas de hit sous forme de 45 tours en haut des charts, et à l'époque pas d'estime de la critique.
C'est assez étonnant, car l'album contient 18 perles toutes plus belles, envoûtantes et fortes les unes que les autres, à l'exception de I just want to see his face qui est plus un titre d'harmonieuse liaison dans l'ensemble.
L'album serait plus nettement l'oeuvre de Keith Richards, mais il y a quand même un coup de génie fascinant de Jagger Shine A Light. Comme Jagger développait ce titre depuis quelque temps, et qu'il en fut question avec Leon Russell, on a prétendu que Leon Russell en était l'auteur, malgré à mon sens une discographie peu indispensable de l'artiste concerné.
Et c'est vrai que la mélodie de Shine a light est de toute beauté et qu'on pourrait croire sorti ce morceau d'une chanson traditionnelle jalousement conservée. On pourrait croire le titre piqué à un génie du blues, de la chanson passée, etc., et certainement pas à un quelconque rockeur contemporain.
Keith Richards lui a repensé complètement un titre tenu depuis longtemps en réserve Good times women qui devient Tumbling Dice. La première mouture était un rock excitant, le résultat final est une chanson posée d'une très grande classe. Les versions appartiennent à deux mondes nettement distincts.
Tous les titres de l'album sont à citer, avec le riff de Soul survivor qui sera repris sur une chanson de l'album Undercover een 1983, avec la reprise de Slim Harpo Shake your hips et celle de Robert Johnson Stop breaking down, avec le morceau chanté par Keith Happy qui nous emporte et nous fait accompagner le chant dans une joie des plus communicatives.
Rocks Off, Rip this joint, etc. : série exceptionnelle. Torn and frayed ou la torpeur descriptive de Sweet Virginia. L'éblouissant voyage de magie dans la végétation et sur l'eau de Sweet black angel. Les crescendos de Loving cup, l'intense cri de Let it loose, la formule de Ventilator Blues digne émule du You gotta move de l'album précédent quelque part
Je ne vais pas réfléchir ici à une formule pour chaque chanson, mais comme la série de photos qui compose la pochette l'album est dense, intense, touffu, envoûtant, féerique, rêveur et prenant, faisant vibrer les cordes d'une sensibilité exacerbée, mais contenue.

A suivre...