samedi 12 mai 2012

Compilation : Twistin' Rumble!! Volume ONE (The swingin'est dance party ever!)

De la musique de tripot, rockabilly, soul, rhythm'n'blues, rock'n'roll, twist, avec de sacrés moments. Jimi Hendrix est quelque part dans ces titres. On ne manquera pas le commentaire autour de I don't need no doctor. Mais, dans les titres sans histoire, il y a de très très bonnes choses. Ce premier volume contient aussi pas mal d'instrumentaux.

1. The Upsetters - Upsetter
(instrumental brillant, style à la Little Richard)
2. Johnny and the Debonairs - The Bonecracker
(avec ici une introduction qui fait d'ailleurs écho au sous-titre de la compilation, dominante instrumentale, mais jeu péchu)
3. Terry & The Topics - Where's my pussycat
(ambiance jazz dynamique de tripot)
4. The Aztecs - Damelo baby
(rock instrumental latin, bien répétitif au piano, rythme pompé, avec une femme qui "miaule", tripot)
5. Jocko - A Little bit of everything
(un instrumental rock couvert par un chant un peu voix de camelot)
6. Julian Covey - Sweet bacon
(Instrumental rhythm'n'blues avec clavier à son écrasé, et mélodie déliée de basse, puis solo ample de guitare)
7. Quarter Notes - The Interview
(orchestre rassemblant du monde, rock qui descendrait d'un orchestre de Count Basie)
8. Buddy Vincent - Wooden bird twist
(instrumental, il y a le cri du coucou, mais pas celui de Woody Woodpecker, péchu, je penserais à certains titres des Wailers et à Little Richard)
9. Ronnie Kae - Swingin' drums
(instrumental à beat tribal qui s'enrichit et guitare surf, imitiation de la grosse voix d'Armstrong)
10. Wildtones - King Cobra
(instrumental qui râle la souffrance dans les instruments à vent pendant que swinguent les cordes, son d'écho lointain du tapage batterie)
11. Mac Sims - Driving wheel
(rock'n'roll à la Chuck Berry et à la Jerry Lee Lewis, mais avec une voix assez rentrée, Maxime je présume)
12. Matthew Childs - Funky onions
(instrumental, fin à la guitare, mais avec un son guitare tremblé, ensemble très enlevé. Emploi précoce de "funky", cela veut dire "oignons puants")
13. Nick Ashford - I don't need no doctor
Titre génial co-composé par Nick Ashford, mais pour Ray Charles qui donc détient la version originale : Ray Charles - I don't need no doctor, les touristes qui commentent le lien ignorent que le titre a été transformé en un sublime Headin' for the Texas border par les Flamin' Groovies)
14. Ambertones - Cruise
(instrumental latin avec rot, un rythme à la Lucille puissance sonore ôtée)
15. Carl Lattimore - Carl's dance party
(instrumental un peu blues lent, mais swinguant, avec un solo rapide de guitare, et un rythme pompé par une note d'orgue appuyée qui débouche sur un solo)
16. The Knight Brothers - Love (Can't you hear me)
(j'ai failli ne pas trouver à causer de la réduction "Bros", je fus donc un temps étonné tant c'est un excellent morceau (ouaw que cette phrase est bien écrite))
17. Big Bo & The Arrows - Big Bo's Iron Horse
(Instrumental agréable, rafraîchissant, est-ce les mêmes Arrows qu'avec Dave Allan? Je dois faire une recherche.)
18. The Furys - Zing went the strings (of my heart)
(encore un très beau morceau rhythm'n'blues et soul)
19. Clarence & Calvin - Rooster knees & Rice
(Lancement rythmique carton, mais arrivée du second degré avec la voix)
20. Higgs & Wilson - Sha-Ba-Dah
(J'ai trouvé débile de chanter sha-ba-dah-sha-ba-dah comme dans la chanson de variété française pourrie, ici la bonne façon de chanter sha-ba-dah et aussi une autre onomatopée)
21. Ervin Rucker - Done done the slop
(encore un morceau agréable de toute une époque)
22. Classie Ballou - Classie's whip
(et non pas classic ballon, excellent morceau pour se déhancher et contorsionner les jambes en rythme, avec des transports pour l'âme)
23. Marvulus Mickey - Do the robot
(rockabilkly-twist à voix Presley et second degré, très vivant. A noter la photo de huit danseuses avec trois noms au feutre: Becky, Susan et Laurie)
24. Bowlegs - Hunky Twist
(variation à partir de Peter Gun, pas mal)
25. The El-Cobras - Oh Yeah
(Le lien vidéo doit montrer la face B Guitar Boogie reprise de Chuck Berry, le titre ici est bien Oh Yeah et il s'agit bien d'une variation sur le classique "Last night" des Mar-Keys.)
26. Ken Jones - Chicken Pot Pie
(Intro de piano avec matraquage batterie, puis ça part en instrumental avec des percussions particulières, je n'ai pas mes mots, très bon, moins de deux minutes)
27. Merle Spears - I want to know
(bon rythme et très belle voix grave sensuelle, plus évidente encore quand j'écoute mon CD que quand j'écoute le lien youtube)
28. Famous George - Last night
(une reprise de Last night même)
29. Curtis Knight - Hornet's nest
(Digne de figurer sur un best of de Jimi Hendrix, une bonne idée comme ça, il n'y a que moi)

vendredi 11 mai 2012

106. Kaleidoscope - Faintly blowing

La suite pour le groupe anglais Kaleidoscope. C'est par l'album Faintly blowing que j'ai découvert le groupe et l'album tend bien à m'envoûter. J'ai l'impression que les liens sont en souffrance malheureusement. Entre Donovan et Syd Barret, un peu Bee Gees première manière, avec une réelle touche médiévale, j'adore. Je ne connais pas d'autre fan dans mon entourage, mais peu importe... Pas un titre faible. La pochette de Faintly blowing représente un peu les personnages des chansons et leur univers, mais si on n'a pas écouté on ne peut pas connaître par intuition. Ou alors ça va me demander du travail...

Kaleidoscope - Faintly blowing

Faintly blowing
Poem
Snapdragon
A story from Tom Bitz
(Love song) For Annie
If you so wish
Opinion
Bless the Executioner
Black Fjord
The Feathered tiger
I'll kiss you once
Music

Bonus tracks :

Do it again for Jeffrey
Poem (Mono single version)
Balloon
If you so wish (Mono single version)

Special Bonus :

Let the World Wash In (released as 'I Luv Wight')
Mediaeval Masquerade (Released as 'I Luv Wight')

102-105. Little Feat - Little Feat, Sailin' Shoes, Dixie Chicken, Feats don't fail me now

Little feat fut un très bon groupe tant qu'y brilla son génie Lowell George, tout comme The Fairport Convention avec Richard Thompson. Avant Little Feat, Lowell George a fait partie d'un groupe obscur Fraternity of man dont les deux albums sont légitimement courus par les connaisseurs et dont j'ai déjà fait la chronique. J'ai préféré acheter les premiers albums avec Lowell George, plutôt que la compilation Hotcakes and outtakes qui m'a fait découvrir ce groupe.

Little Feat - Little Feat (1971)

Snakes on everything
Strawberry flats
Truck stop girl
Brides of Jesus
Willin' (version du premier album)
Hamburger midnight
Forty four blues / How many more years
Crack in your door
I've been the one
Takin' my time
Crazy captain Gunboat Willie

Little Feat - Sailin' Shoes (1972)

Easy to slip
Cold, Cold, Cold
[Bonus live au soleil : Cold, Cold, Cold]
Trouble
Tripe face boogie (ici en live)
Willin' (nouvelle version)
A Apolitical Blues (version live avec Mick Taylor en guest star)
Sailin' shoes
Teenage nervous breakdown
(bonus : Teenage nervous breakdown avec Mick Taylor)
Got no shadow (version bootleg)
Cat Fever
Texas Rose Cafe


Little Feat - Dixie Chicken (1973)

Dixie Chicken
Two trains
(bonus: Two trains live 1974)
Roll Um Easy
On your way down
Kiss it off
Fool yourself
Walkin all night
Fat Man in the bathtub (live 1975)
Juliette
Lafayette Railroad

Little Feat - Feats Don't fail me now

Rock and Roll Doctor
Oh Atlanta
Skin it back
Down the Road
Spanish Moon
Feats don't fail me now (live 76 Pays-Bas)
The Fan
Medley: Cold Cold Cold / Tripe Face Boogie

101. Creme Soda : Tricky Zingers (ambiance psyché tardive de 1975)

Une curiosité, un album psychédélique tardif. La chanson "Keep it heavy" est assez envoûtante..., avec de terribles changements de rythme. Il s'agit d'un album de Radioactive records. De bonnes surprises parfois dans cette feue boîte de choses obscures. Si j'avais pu fouiller dans tout ça... The Beat song, Chewin' gum, etc., pas mal de bons et drôles de titres sur l'album Tricky Zingers de Creme soda.

Creme Soda - Tricky Zingers :

Side 1 :

Give it up (man)
Tonight
Numero Uno
(I'm) Chewin' gum
Deep in a dream
The Nazz are blue (Yardbirds)

Side 2 :

Keep it heavy
Roses all around
And that is that
The Beat song
When the sun shines
Daydreamin'

The Plimsouls : EP Zero Hour / LP The Plimsouls

Parmi mes favoris, Peter Case et ses Plimsouls. Eblouissant. Les 5 titres EP et quelques autres sont placés à la suite de l'édition CD de leur premier album. Peter Case est avec Jeff Connolly (DMZ/Lyres) l'artiste le plus présent sur la compilation Children of Nuggets (3 titres chacun). Peter Case a joué avec le groupe éphémère The Nerves, trio important. Mais Peter Case est des trois celui qui a le mieux tenu la distance. Il s'est entouré de musiciens efficaces et a donné un grand groupe les Plimsouls dont un titre sera bien vite repris par les Flamin' Groovies, le fameux Million miles away, bel hommage. La carrière solo de Peter Case est également très bonne. Ici une suite de chansons courtes simplement rock dans l'esprit. Mais, les cinq titres du EP ou la déferlante de l'album de Lost time à Everyday things touchent dans le mille. D'autres entrées vont suivre, un album studio et puis des lives rien que pour les Plimsouls... Je ne m'explique pas l'absence de Lost time sur la toile.


Zero Hour (EP, 1980) :

Great big world
Zero Hour (version EP)
Hypnotized
How long will it take?
I can't turn you loose

The Plimsouls (LP, 1981)

1. Lost time (génial et si désespérément introuvable sur youtube)
Une petite solution: Lost time
2. Now
3. In this town
4. Zero Hour (version LP)
5. Women (reprise des Easybeats)
6. Hush, Hush
7. I want what you got
8. Nickels and dimes
9. I want you back
10. Mini-skirt Minnie
11. Everyday things

jeudi 10 mai 2012

Essai de retour vers le positif

J'essaie de rebondir sur cette envie de fixer les priorités.
Comment baliser?
Un premier point, c'est de privilégier une approche par secteurs: un secteur anglais sixties, un secteur américain sixties, sinon californien sixties, et ainsi de suite, quelques regroupements par genre.

Je commence par le secteur anglais sixties. Il est plus facile à délimiter et maîtriser que le secteur américain. Ensuite, il y a l'éternel paradoxe. Il y a beaucoup plus d'artistes américains qui m'intéressent, mais une poignée de groupes anglais s'est mise au sommet de l'arc-en-ciel.
Il y a mon point de départ, ce sont les Rolling stones. Il s'agit de mon groupe préféré et mon plaisir à les entendre est permanent. J'entends un de leurs titres que j'ai déjà bien fait tourner et il me fait encore de vertigineux effets.
Je ne suis pas quelqu'un de l'époque des sixties. Ma découverte des Rolling stones s'est faite en 1991 sans avoir le moindre lien avec la tournée Flashpoint quasi contemporaine que j'ignorais. J'ai pris une vieille cassette Rolled gold 100 minutes blindée de près de 30 titres et j'ai été ébloui par une qualité musicale qui n'avait rien à voir avec le hard rock ou les meilleurs titres d'un Top 50. J'adorais les titres anciens entendus à la radio, mais je ne connaissais même pas l'original de Satisfaction, juste la publicité Snickers. Mais rien ne m'avait jamais fait un tel effet. La différence était tellement extraordinaire que je ne comprenais pas ce qui se passait. Un disque 24 titres de Chuck Berry et quelques autres pièces furent les éléments déclencheurs, dont Sunny afternoon sur une compilation que je considérais alors comme le meilleur titre des Beatles (erreur d'attribution qui n'a pas duré longtemps bien sûr, mais le souvenir est bien cristallisé). J'avais aussi deux cassettes de rock'n'roll des Beatles avec des reprises et des titres originaux. L'évidence s'est toujours imposée à moi. Les Beatles sont souvent très rengainants pour des gens réputés côté mélodie et ils n'ont pas le niveau des stones. Il est très chouette d'écouter les Beatles, mais les Rolling stones, derrière l'hypnotisme sauvage, c'est un plaisir de mélomane. C'est l'évidence profonde que je ressens. J'ai construit alors une sorte de réaction face à la notoriété envahissante des Beatles.
Pour moi, en termes de vécu, la question Beatles ou Stones a un sens. Pourtant, j'adore écouter les Beatles et j'ai tous leurs albums avec des bootlegs bien précis. Mais je ne peux pas faire comme si l'opposition n'existait pas.
Ma passion pour les Rolling stones s'est fortement complétée d'une passion pour Chuck Berry, les Kinks, les Who, Bo Diddley et Little Richard.
La rivalité Rolling stones - Who - Led Zeppelin existe dans la presse pour le titre de plus grand groupe de rock.
Il y a beaucoup de plagiats dans la musique de Led Zeppelin, mais on ne peut pas reprocher à celui qui écoute d'aimer un plagiat. Ce qui est plagié est très bon et excellemment repris par Led Zeppelin, sans qu'on ne sache clairement la provenance bien sûr, puisqu'il s'agissait de titres obscurs.
Pour moi, Led Zeppelin ne rivalise pas avec la musique des stones. La voix de Plant est aiguë. Le son rock m'est plus étrange et cela devient même évident quand ils reprennent de vieux rock'n'roll. J'aime bien Led Zeppelin malgré tout. Plusieurs morceaux sont accomplis, c'est souvent orgasmique et il y a de grandes orchestrations, des choses fines. Du moins sur les trois premiers albums et pour la première moitié du quatrième. La fin de Led Zeppelin IV, pour moi c'est du remplissage. La suite de Led Zeppelin ne m'attire pas. Je connais un grand nombre aussi de lives et il veut trop en faire.
Led Zeppelin est une référence pour beaucoup de gens qui sont dans le hard rock, le rock progressif, le jazz ou le plus contemporain, mais plus rarement du côté des fans de rock vivant sixties comme je suis. C'est ce que j'ai pu constater.
L'opposition Stones - Led Zeppelin a aussi un sens pour moi.
Quant aux Who, j'en suis fan. L'opposition Stones - Who ne peut m'être sensible que de la part de quelqu'un qui aime les Who en daubant les stones. Cela se trouve encore une fois essentiellement dans le fait que le pont est jouable des Who au rock progressif et au hard rock. Mais, un truc me frappe. Les amateurs de jazz, de solos, détestent parfois les Who, et donc une partie du public versé dans le rock progressif et le hard rock.
Maintenant, je pense que dans l'intérêt que les gens portent aux Who il y a une tendance étrange très affirmée qui consiste à ne citer que Live at Leeds et Who's next. Une grande partie du public n'aime les Who que pour ces deux albums. Personnellement, j'adore Tommy, mais je sais que peu de gens l'écoutent vraiment, même parmi les fans du groupe.
Toutefois, le plus déconcertant, c'est que le miracle des Who est fortement lié à la période des débuts de 65 à 67. Les mélodies des Who sont sidérantes en 65 et 66, je n'ai jamais entendu rien de comparable à cette plénitude libérée des lois. Ils chantent, mais ils parlent, et parler c'est chanter. Nous ne sommes plus dans un chant qui s'élance de formules. A cela s'ajoute le dynamisme instrumental.
En 65, les Rolling stones sont en plein décollage avec déjà des coups de génie. Je dirais que c'est essentiellement en 65 que les Who furent plus que jamais les rivaux des stones pour le titre de plus grand groupe de rock. Evidemment, 66 est aussi une grande année pour les Who, mais les stones en mettent une telle couche avec Aftermath et des 45 tours comme Paint it black, Have you seen your mother..., 19th nervous breakdown que la rivalité est moins évidente bien qu'encore prégnante.
Sell out est aussi un grand album, mais les stones sortent plein de choses géniales.
Je ne vois pas ensuite Tommy rivaliser avec Beggar's Banquet ou Let it bleed, ni Who's next avec Sticky Fingers ou Exile on main street. Quadrophenia amorce un vrai déclin des Who. Il y a bien sûr des lives exceptionnelles des Who de 69 à 73, voire 75, contemporains de l'époque des concerts stoniens avec Mick Taylor.
La comparaison reste flatteuse pour les Who de 65 à 73, ils savent faire en partie jeu égal avec les stones, si pas sur la quantité, tout de même sur la qualité d'un certain nombre de titres ou prestations.
Au plan quantitatif, les Beatles et les Kinks résisteraient mieux que les Who pour ce qui est de se comparer dans le temps aux stones. Mais, je me suis déjà prononcé sur le sentiment mélomane qui me fait préférer les stones et dans tous les cas les Beatles n'ont pas résisté à leur éclatement, à peine Lennon un an au-delà de 1870.
Les Kinks n'ont pas la qualité musicale des stones, la rivalité ne se conçoit pas vraiment, mais quand même les compositions des Kinks sont de toute façon de merveilleux joyaux. Les Kinks furent au sommet jusqu'en 1972.
Terrain anglais, j'adore les Faces, leur musique est hyper excitante, mais ils ne peuvent se comparer aux stones malgré le succès de leurs concerts au début des sixties.
Les Clash sont mythique et ce qui m'a toujours surpris c'est que depuis les années 80 jusqu'à aujourd'hui on dirait que nous sommes sur un temps figé où les jeunes se remémorent plus les Clash que les sixties comme si dans l'univers la fin des 70's avait la même signification pour tout le monde. C'est complètement farfelu comme blocage. En tout cas, je n'écoute pas la suite Big Audio Dynamite côté Mick Jones et je ne vois que deux grands albums des Clash le premier et le troisième avec quelques titres en plus et l'intérêt de Super black market. Dans ce qu'ils font de meilleur, les Clash sont de toute façon quelque peu stonienne, avec il est vrai leurs caractéristiques propres, plus déliées.
Enfin, un nouveau groupe anglais sixties m'a ébloui, mais avec des débuts plus blues, Fleetwood Mac, mais je parle de la première formation exclusivement, celle avec Peter Green. Je ne comprends pas pourquoi ce groupe reste si ignoré et pourquoi la seconde formation à succès garde le haut du pavé. Cela m'échappe quelque peu. Peter Green fut un génie fascinant. L'album Then play on et le Live at Boston les mettent définitivement au rang de rivaux des stones, des Who et autres pour un titre de plus grand groupe de rock.
Si j'essaie maintenant de retenir les noms essentiels du rock anglais, je peux avouer sauter à pieds joints sur les groupes merseys, en-dehors des Beatles. Je ne boude pas mon plaisir avec les Shadows, mais je ne les mettrai pas non plus en avant.
Les grands groupes ou artistes anglais ou irlandais sixties sont Rolling stones, Who, Kinks, Beatles, Eric Burdon - Animals - New Animals, The Yardbirds période Jeff Beck, les Pretty things, le premier Jeff Beck Group, Van Morrison et puis The Them, Pink Floyd avec Syd Barrett avec inclusion de Meddle période Waters, Fleetwood Mac avec Peter Green, Easybeats (groupe "australien" de nom), Spencer Davis Group - Traffic, Small Faces, Faces, Led Zeppelin, Fairport convention - Richard Thompson. D'autres groupes géniaux suivent parfois de peu: Zombies, Fleur de Lys, Action - Mighty baby, Creation, Attack, d'autres encore... Je sais qu'il m'en manque, mais je dois m'arrêter quitte à y revenir demain.
Certains sont devenus grands un peu au-delà des sixties, tout en ayant un pied dedans: David Bowie, Taste - Rory Gallagher, Kevin Ayers plus Soft Machine I.

Voilà, un peu le profil personnel qui peut faire deviner mes stratégies de classement.

Pour moi donc, la stratégie qui consiste à donner un idéal de 100 albums dans un ordre chronologique est vouée à l'échec. Les Rolling stones, les Kinks, les Beatles sont le fer de lance anglais des années 64-66 avec les Who, les Them de Van Morrison, les Animals, et un peu d'autres, mais leurs meilleurs albums sont un peu postérieurs. Dans un classement, l'allure chronologique est rapidement dévaluée par ce genre de difficultés.
Ensuite, ce choix tend à inviter à ne retenir que deux albums par ans, avec tout ce que cela peut avoir de restrictif pour les grands millésimes. Même si on décide de privilégier les grands millésimes et de passer à la trappe certaines années, il reste que l'approche va demeurer assez consensuelle et ne permettra pas la révélation des pépites insoupçonnées.
En plus, une approche de 100 albums fait que l'amateur a telle préférence pour telle époque ou telle tendance, il voit le reste, il essaie d'aller un peu plus loin, mais ce plus loin est un gain d'estime.
Pour moi, la logique doit plutôt être d'immersion.
Il faut définir des secteurs et aligner les références.

Je prends le rock anglais sixties, j'ai l'Encyclopedia of british beat groups & solo artists of the sixties compiled by Colin Cross with Paul Kendall & Mick Farren (le leader des Deviants).
Il manque des noms obscurs à un moment donné, mais je vais pouvoir me débrouiller.

Je venais d'enrichir ce sujet d'une analyse lettre par lettre du livre, mais je trouve plus pertinent de lui consacrer une entrée à part.

mercredi 9 mai 2012

Critique négative mais logique du livre de Philippe Manoeuvre, "Rock'n'roll : la discothèque idéale : 101 disques qui ont changé le monde"

Mon collector 100 comporte une citation avec le nombre 101. Et paf, je tombe dedans. Je consulte la page Wikipédia correspondante (état du 9 mai 2012), en m'étonnant que cette liste ait les honneurs de l'encyclopédie. Avant même de l'apprécier par moi-même, je lis en introduction que cette liste est très contestée. Je me reporte à la note de bas de page et, au lieu de découvrir une polémique, je tombe sur un avis personnel qui déplore longuement les choix de Philippe Manoeuvre et commente à son tour les non pas 101 mais 102 albums.
Tout cela est assez subtil. Cette liste qui ne reflète que les opinions d'un auteur est intégrée à une encyclopédie. Essayez de donner régulièrement vos opinions sur wikipédia, ça ne va pas le faire. Mais, ici, on a en prime l'avis d'un gars qui nous est présenté comme une grande polémique internationale autour de l'opinion de Philippe Manoeuvre. Comme page d'encyclopédie, c'est du grand n'importe quoi.
Cela peut m'intéresser dans la mesure où la liste me paraît mauvaise pour des raisons différentes et dans la mesure où celui qui conteste ne me paraît absolument pas compétent, bien que certains de ses arguments aient l'apparence du bon sens. On peut préjuger que comme moi le gars qui réagit a un avis d'amateur difficile et pointu que l'approche grand public de Manoeuvre ne saurait satisfaire, car justement celui qui commente n'a pas l'air du tout de quelqu'un de calé sur l'histoire du rock.
Le critique dénonce l'éparpillement de Philippe Manoeuvre, il déplore qu'il n'y ait pas que des albums de rock dans cette liste. Sur ce point, je ne suis pas du tout d'accord. Je ne suis pas pour les barrières, étant donné le titre choisi pour cette liste d'albums rock qui ont changé le monde. Et si cette critique peut être en partie fondée, il faut savoir la manier.
Je prends le cas de l'album One nation under a groove. Le gars ne semble pas bien connaître la nébuleuse Funkadelic-Parliament, et il se contente d'écouter le disque proposé. Il trouve cela trop flashy, trop paillette, bon pour le funk et la disco. D'abord, si disco il y a, c'est le bon côté de la disco, et One nation under a groove est un très bon album. Ensuite, le gars ignore tout le parcours du groupe et il ignore du même coup les liens étroits du funk et du rock. En réalité, ce qu'il aurait pu critiquer, c'est le choix de Philippe Manoeuvre qui, au lieu de choisir les chefs-d'oeuvre absolus, va choisir un album à succès du revirement disco de la nébuleuse George Clinton. Les albums exceptionnels de Parliament et Funkadelic sont nombreux et antérieurs à celui-ci. Surtout, les quatre premiers sont des OVNI musicaux et délimitent l'intense moment funk-rock du groupe: Osmium (Parliament), Funkadelic, Free your mind et Maggot brain, sous le nom Funkadelic. Un héritier d'Hendrix Eddie Hazel se rencontre sur ces albums et il sera de nouveau génial sur Standing on the verge. C'est l'un de ces albums que pour de multiples raisons Philippe Manoeuvre devait choisir, et il ne l'a pas fait. Quelqu'un de compétent ne choisira jamais un album tardif pour représenter Funkadelic. Il y a des albums à se rouler par terre, et même plusieurs, c'est dans ceux-là qu'il faut choisir. Pour l'acte de connaisseur, on repassera.
Après, la contestation de l'album One nation under a groove en soi et pour soi n'a aucun intérêt, aucune pertinence. Le gars n'aime pas et mieux encore ne connaît pas, point. Ce qu'il semble affectionner ne me paraît certainement pas meilleur.
Mais, ce qui apparaît tout de même avec évidence, c'est l'impertinence du choix opéré par Manoeuvre. S'il veut souligner un album à succès, remarquons que ce n'est pas ainsi qu'il agit pour d'autres, notamment pour les Rolling stones, pour qui ce ne sont pas les albums phares d'époque qui sont mis en avant. Si le succès est une condition indispensable pour qu'un album rock change le monde, je ne sais pas si Love forever changes y a encore sa place, et ainsi de suite. L'album Love forever changes est un des meilleurs albums, il est original, mais il faut assez habilement négocier son bouleversement dans le seul cadre des groupes ou artistes qu'il a pu influencer.
Dans le cas de la nébuleuse Clinton, il était indispensable de citer les quatre premiers albums de Parliament-Funkadelic, et ça n'a pas été fait. Osmium s'imposait, sinon Maggot brain.

Le contestataire commente aussi les perspectives chronologiques. Il trouve que l'auteur privilégie des époques et en néglige d'autres. Pour les années 50, il a tout à fait raison. Manoeuvre ne cite qu'un album d'Elvis Presley, ce qui est hyper maladroitement consensuel. Il ignore le rockabilly dans lequel on entend le mot rock et bien sûr les véritables pionniers, et encore il méprise le réservoir de génies des années 50. Enfin, il ose l'impasse sur Chuck Berry, Bo Diddley ou Little Richard, ça vaut un zéro pointé. Evidemment, si son but est de s'en tenir à 101 albums, en s'accordant parfois deux, trois albums pour un seul groupe ou artiste, il y a des choix douloureux à faire. Mais déjà il me semble que plusieurs artistes des années 50 sont plus importants qu'Elvis Presley. Le livre avoue ici cruellement fonctionner dans une sorte de compromis entre le consensuel et les préférences personnelles.
En revanche, il est assez naturel que la période 65-73 soit privilégiée et, si des sommets sont atteints, dès 64-65, il y a bien eu un bourgeonnement quantitatif de grands groupes et grands albums à partir de 67 avec une cassure vers 73. Une nouvelle recrudescence a eu lieu à partir de 77 et ce pour quelques années.
Enfin, de 1980 à aujourd'hui, nous ne sommes tout de même pas dans l'âge d'or du rock, malgré une certaine quantité de bonnes choses, et des périodes de rock revival (de toute façon non spécialement prononcées). On peut éventuellement lui reprocher d'accentuer ce déséquilibre, mais il reste que Philippe Manoeuvre respecte alors des déséquilibres attendus des connaisseurs, mais contrariants pour ceux qui ont une culture de rock progressif, hard rock et groupes récents par exemple.
D'ailleurs, le gars qui critique avoue souvent qu'il ne connaît pas assez un album de la liste pour laisser un commentaire. Il n'est pas vraiment dans le coup, ni ne fait partie du public auquel s'adresse ce livre. Il a en même temps peu de chances de convaincre en expliquant que telle pointure ne l'émeut pas ou que tel autre est à son goût. C'est ce qu'il fait pour l'essentiel. Il est lui-même très perso et très consensuel.
Je préfère critiquer de manière plus efficace. Par exemple, j'imiterais plutôt notre contestataire quand il critique le choix d'un album plutôt que d'un autre pour un groupe, sauf qu'il le fait pour quelque chose d'aussi secondaire que les Ramones qui n'ont absolument pas leur place dans un top des 101 albums.
Une pointure comme les Stones est autrement plus révélatrice. Ils sont chassés des années 60 et il faut attendre l'année 71 pour voir citer un de leurs albums Sticky Fingers. Ils sont à nouveau cités pour 72. Mais, que fait Philippe Manoeuvre de l'identité musicale sixties, rhythm'n'blues des stones, et que fait-il d'Aftermath, Beggar's Banquet et Let it bleed, trois albums sixties qui ont changé le monde, qui ont plus de succès que les deux albums de 71 et 72 pourtant géniaux? Beggar's Banquet est l'album de référence qui devait impérativement être mentionné. Il n'est pas particulièrement pertinent de mettre 71-72 au-dessus de 68-69, jusqu'à évacuer les deux plus grands albums de l'histoire du rock que sont selon moi Beggar's Banquet et Let it bleed. Loin de se montrer connaisseur en choisissant les deux autres tout grands albums des stones, Philippe Manoeuvre se montre perméable à un terrain de compromis. Les albums de 71 et 72 sont mieux reconnus des non stoniens, plus passe-partout. Exile qui n'a pas eu de succès à l'époque est très à la mode aujourd'hui. Le classement reflète pour moi une convergence avec un consensus actuel. J'observe tout de même que Satanic Majesties a été un temps prévu comme devant s'ajouter à cette liste de 102 grands albums de rock. Là, la démarche est plus méritoire, tant cet album est injustement daubé, malgré des sommets vertigineux. Ceci dit, il passait toujours à côté d'Aftermath, Beggar's Banquet et Let it bleed. La démarche demeurait quelque peu étrange.
En fait, la liste de Manoeuvre est hyper consensuel et privilégie les cotes intellectuelles.
En effet, le classement entre 60 et 67 est radicalement expurgé. Les plus grands sont mis sur la touche (Stones, Kinks, Who, Small Faces, Pretty things, Them). Tout est construit autour des icônes intellectuelles. Après l'anomalie gaga Elvis Presley cas isolé des 50's, on a les Yardbirds, les Beach Boys, Bob Dylan, The Doors, The Velvet underground, les Beatles, Pink Floyd. De 2 à 8, 7 grands codes intellectuels. Les Yardbirds sont mis en avant côté explosion sixties du rock britannique. Trois grands guitaristes y sont passés: Clapton, Beck et Page. Précisons cruellement que seul Beck a excellé au sein du groupe. Si vous aimez la période des reprises de rock par Clapton, c'est déjà que vous avez de gros problèmes de goût. La période Page n'est pas très reconnue et il y a de quoi. En revanche, la période Beck est saisissante. Mais, les gens jurent par les Yardbirds derrière l'éternelle bannière des guitar heros, et on pourra acheter l'acceptation d'une reconnaissance par le rock progressif et le hard rock. Belle mentalité servile. Certes, les Yardbirds sont géniaux, mais le côté très construit et orienté de cette liste me déplaît énormément. Il est vrai que les stones, les Who, les Kinks ont monté en puissance, mais le livre parle de "changer le monde" et son élaboration reflète bien des sous-entendus maladroits. L'album Pet sounds des Beach Boys vient en troisième. C'est le seul album écoutable qu'ait jamais produit les Beach Boys, c'est vrai. Il y a des titres géniaux, novateurs: God only knows. Mais, je ne crois pas que les albums des Beach Boys soient si courus que cela et je trouve que cet amour pour Pet sounds est prédominé par une recherche d'attitude intellectuelle.
Bob Dylan a inévitablement sa place, mais là encore il s'agit d'une référence sèchement intellectuelle, puisqu'au lieu de le plonger dans la concurrence de son époque, on le met en tête.
Les Doors arrivent en cinquième. On croit rêver. Est-on sûr qu'il fallait citer cet album ou n'est-ce pas plutôt que ce classement s'aligne sur le culte de l'image sulfureuse du groupe amplifiée par un film qui a créé une onde de choc culte. Les Doors sont très bons, mais quatrième album de suite dont les cotes intellectuelles sont plus que patentes.
Et ça continue avec le Velvet underground. Dylan, Doors, Velvet, une trinité. Mais, autant l'oeuvre de Dylan est riche, autant les Doors ont développé de choses intéressantes, autant pour le Velvet je trouve que c'est musicalement un peu exagéré.
Les Beatles arrivent enfin et avec le Sgt Pepper's. Ils enserrent les précédentes cotes intellectuelles et empêchent le premier groupe non coté intellectuellement d'arriver, et ils sont cités avec leur album mythique du nouveau souffle. Et il est suivi du premier album de Pink Floyd. Au moins, le premier album de Pink Floyd est celui de Syd Barrett, c'est déjà ça, mais encore une fois un groupe dont la cote intellectuelle et un groupe qui comme la plupart des précédents permet de monnayer le respect des sixties auprès des 70's et 80's.
Surtout, on en arrive à présenter comme la crème de la période 65-67, non pas l'âme sixties, mais les cotes intellectuelles valorisées au cours des décennies suivantes.
Exit les Who, les Stones, les Kinks, Otis Redding, Small Faces, Byrds, etc. La vie et la passion du rock sont exilées. Aucun album des Kinks n'est d'ailleurs cité, voilà qui craint à mort. Village green preservation society ou Somethin' else, il n'en a sans doute jamais entendu parler...
Tout est verrouillé.
En neuvième position, Love forever changes est le premier réconfort. Un album de Jefferson Airplane apparaît également. Mais on repart illico presto dans les cotes intellectuelles: The Band (je ne sais pas si ce groupe a sa place dans le classement), puis Cheap thrills pour Janis Joplin. A nouveau les Beatles avec l'album blanc, puis le temps d'un réconfort avec Beck-Ola on repart de plus belle: Johnny Cash, Blind Faith (je ne sais pas s'il a sa place), King Crimson (a-t-il sa place?), Led Zeppelin, Frank Zappa (a-t-il sa place?).
Pas un seul Fleetwood Mac de Peter Green, pas d'album de Traffic, ni d'autres encore. Tout est passé au peigne fin de l'intellectuel.
Arrive Captain Beefheart. Au lieu de nous mettre Safe as milk, sinon Strictly personnal, on nous met Trout mask replica. C'est ça, je vais croire qu'il le met régulièrement sur sa platine, mais oui...
MC5 réjouit avec Back in the USA. Pour Deep Purple, on a droit à un In Rock, invention des codes du hard rock obligerait, sauf qu'il est indigeste, je me plais mieux avec Machine Head. Mais, je me dis que In Rock de Deep Purple n'a pas sa place dans un top des 101 meilleurs albums. Comme c'est le top des albums rock qui ont changé le monde, ça passera.
Un album des Pretty things suit, Parachute. Moi, je ne l'écoute pas beaucoup celui-là, déjà que SF Sorrow est assez bizarroïde. Le mythe des Pretty things, c'est les trois premiers albums. Après si vous voulez penser autrement, libre à vous de penser n'importe quoi.
La suite de la liste est visiblement très personnelle, et surtout royalement contestable par moment: Harrison, Amon Duul II, Derek and the Dominos. On pourra toujours défendre ces albums, mais si la loi est du grand 101 je trouve ça moins évident. Pour Crosby, Stills, Nash and Young, je m'ennuie avec leur quatuor, je les préfère largement séparément.
Serge Gainsbourg, là c'est à se pisser dessus. Can, c'est sans doute très bon, mais je songe à tant de choses absentes de cette liste. Fun House, oui, du bon stoogien. Mais, James Brown, les stones et Marvin Gaye viennent bien tard. Moi, James Brown me fait un peu chier avec son funk trop raide, je préfère largement sa période 50's et 60's, très largement même. Je préfère le funk de Sly and the Family Stone. C'est une question de goût, mais c'est tout de même bien une scie usée que de sortir mécaniquement Sex Machine en référence. C'est tellement rebattu. Marvin Gaye m'intéresse plus pour ses grands titres sixties, il y avait un album à citer. Les Rolling stones, j'ai déjà commenté le problème.
Les Who arrivent aussi très tard et bien sûr un hyper consensuel Who's next. Zéro prise de position, pas de Tommy, pas de Sell Out, Quick One ou Sings My Generation, alors que c'est peut-être la grande époque significative des Who.
Rory Gallagher n'apparaît pas non plus dans cette liste, un homme trop simple pour être dans un classement aussi intellectuel. Et allons-y avec les cotes Imagine de Lennon ou Dark side of the moon des Pink Floyd. Pffrtt. Dark side pof the moon. De la tarte à la crème, en veux-tu en voilà... Imagine pff moui, on préférait un album des Beatles quand même. Ils saturent déjà cette liste.
Moi,ça me fait bien rire cette sensibilité à exclusivement la mélodie des cotes intellectuelles. Pas un album des Kinks, pas un album de Van Morrison dans ce classement, mais on est sûr de placer Imagine et Harrison, voire What's going on de Marvin Gaye à côté d'albums rhythm'n'blues ou rock. Cela ne me semble pas très naturel.
Je n'ai pas très bien compris le choix de Pin Ups de Bowie, il n'a pas ses propres albums? Ziggy Stardust, Aladdin Sane, Hunky Dory ou carrément Station to station?
Copperhead apparaît, c'est très bon, mais nous n'avons pas eu de Quicksilver Messenger Service. Faut le faire.
De toute façon, les présences incongrues s'accumulent au cours des seventies: il y a des groupes très bons, mais de là à les mettre au sommet...
Radio City de Big Star est tout de même présent.
Je m'arrête là, ça ne sert à rien d'en dire plus...
En revanche, le gars qui critique Philippe Manoeuvre tombe lourdement sur l'album Back in the USA du MC5. Visiblement, il n'y connaît rien. Certes, Kick out the jams est plus significatif côté rock qui change le monde, mais c'est un peu de l'apparence. Les MC5 n'étaient pas sérieux dans leurs discours et l'album Back in the USA qui plonge dans le traditionalisme rock on croit rêver.
Pour les Pretty things, Philippe Manoeuvre se plante effectivement en choisissant Parachute. SF Sorrow est le premier album complètement opera rock depuis A Quick One. Je comprends les réticences du critique sur le vieillissement de SF Sorrow, mais les Pretty things c'est 65-67 et c'est Get the picture par exemple. Là encore, Manoeuvre manque la page mythique, il passe à côté.
Pour Crosby, Stills, Nash and Young, le gars dit ne pas trop reconnaître mais il se plie au consensuel du quatuor de génie. Personnellement, je pense que Crosby, Stills et Young furent géniaux, mais pas ensemble dans ce quatuor.
Pour les Flamin' Groovies, le gars dit "peut-être que cet album était innovateur pour l'époque". Il n'y connaît décidément franchement rien et n'a pas de goût rock justement. Je vois plus loin qu'il goûte plus du Motorhead. Bref.
Ceci dit, il est vrai que Manoeuvre n'a pas de rigueur et que son titre d'albums qui ont changé le monde n'est qu'une déclaration d'amour à ses disques préférés. On peut être un grand album sans changer le monde, ni innover particulièrement. Mais justement, pour les Flamin' Groovies, c'était l'occasion de sortir du chapeau le méconnu Supersnazz avec ses arrangements impressionnants et son accomplissement musical. Teenage Head a été cité de manière purement consensuelle parce que c'est connu que cet album obscur a été comparé à son contemporain Sticky Fingers et qu'il est rock et voilà. Teenage Head est un chef-d'oeuvre, mais on voit à mille mètres qu'il est cité parce que la liste ne passerait pas sans accorder un album culte du côté des plus près du rock garage. J'adore Teenage Head autant que Supersnazz, mais je suis convaincu qu'il est cité mécaniquement parce qu'adoubé par la presse et parce que rock accessible à tous.
La liste est ensuite vraiment par trop incohérente, il y aurait d'autres choses à commenter, mais bref, j'arrête pour cette fois.

Post scriptum :

Effectivement, j'ai tiqué quand j'ai constaté le quasi isolement d'un live de Johnny Cash alors que les albums studio sont nettement privilégiés.
Je viens de consulter la deuxième liste, cette fois le coup des albums à écouter avant de mourir.
Il se rattrape pour quelques trucs, mais pour d'autres il s'enfonce.
Ces deux listes ne sont pas très cohérentes point de vue titres. Quant au contestataire, je le laisse frimer avec Dark side of the moon.
Bon, on comprendra que je ne dois pas passer mon temps à regarder les classements d'autrui. Cela donne un article aigre inutile qui n'atteindra pas son but.
L'intérêt, c'est surtout que même à travers la présentation de très bons albums je devine la construction où tout est appelé.
Juste qu'il y a de sacrées surprises dans ses disques des années 70's, voire de 1980 à aujourd'hui. Il y a vraiment des trucs qui ne valent rien.
En même temps, pour la période 60's, un autre truc me fait tiquer. On peut comprendre à la limite qu'il ait voulu choisir des albums plus tardifs des Stones, des Beatles, des Who. Il a oublié les Kinks, Peter Green's Fleetwood Mac, les Easybeats. D'accord, les choix sont appelés, prévisibles. On peut ramener ça au goût et aux couleurs. Mais, je suis frappé de voir l'isolement d'un unique album de Dylan placé au début, puis il s'en détache rapidement.
Ensuite, il y avait des trucs très pauvres dans les 70's, et trucs plus récents, et quand on compare avec ce qui manque pour les sixties, c'est vertigineux.
En fait, je sais que si je publie un jour un livre un projet les 100 albums ne sera pas porteur, ni ne me permettra de susciter de l'intérêt pour le pointu. Je verrais vraiment différemment les choses. Il faut citer beaucoup plus, mais répartir dans des rubriques. Le texte de la rubrique doit captiver au point que le lecteur soit en mesure d'emmagasiner la tonne de références.
Il y a un truc aussi à ne pas oublier. Les groupes et artistes ne sont que des humains. Il y a en fait beaucoup de choses géniales qui n'ont pas eu les honneurs du commerce.
Un classement pointu par année est toujours jouable, mais des classements intemporels c'est plus difficile et ça crée un espace mental un peu bridé.
Comme tout un chacun, j'aime bien essayer de classer, de dire ça est meilleur que ça, mais le projet a une nature ingérable.
Pour moi, un classement, ça doit être un outil polémique, un moyen de dire "ah il le classe aussi bas, ah il met ça au sommet, ah il choisit cet album qui révèle quelque chose d'essentiel au lieu de faire le même choix que tous ceux qui l'ont précédé, et en plus c'est vrai que ça révèle quelque chose..."
Le problème, c'est que le public doit être lui-même à la hauteur d'un telle discussion, il doit comprendre où on veut en venir, sous peine de ne chercher qu'à se réarmer dans ce qui le fait, ce qui ne le fait pas.