vendredi 20 juillet 2012

Rock des années 90, la place des Rolling stones

Qu'est-ce qui me semble à retenir dans le rock des années 90?

Elles commencent avec les Rolling stones. Ceux-ci ont sorti en 89 un album Steel Wheels, dont j'ai le malheur d'aimer les chansons. D'après mes sondages, et le public en général, et les gens exigeants dans le rock, et même les inconditionnels des stones n'écoutent guère les titres de Steel Wheels. L'idée d'un son plus froid ressort. Pourtant, je trouve que les morceaux sont vraiment bons, si on fait fi du niveau il est vrai moins bien soutenu des interprétations. En soi, les compositions sont bonnes. Choisis pour figurer sur le live Flashpoint, les rocks Sad sad sad et Rock and a hard place ne sont pas suffisants, mais sans être déplaisants. J'aime bien écouter les ballades Mixed emotions, Blinded by love, Can't be seenSlipping away ou l'étrange Continental drift. Les autres titres encore comme Hold on to your hat, Hearts for sale.
Je me rends bien compte que la production est pourrie, que les interprétations s'en ressentent, que certains titres sont patauds de conception quelque part, mais je me sens visiblement bien dans le groove stonien. Si je suis appelé à défendre les titres qui précèdent, je soulignerai qu'en les entendant je sens bien que j'ai affaire à des génies, quelque chose passe.
Deux titres studios complètent Flashpoint : Highwire et surtout le funky brownien Sex drive.
L'album est de 89, mais il est suivi par une très belle tournée live. Il faut comprendre que les Rolling stones furent au sommet en concert de 69 à 73. A partir de 69, l'organisation des concerts devient enfin professionnelle. Les concerts antérieurs étaient bordéliques aux dépens de la musique, confusion sonore dans la salle nuisible à un travail de groupe. De 69 à 73, les Rolling stones sont accompagnés d'un guitariste virtuose qui apporte un vrai plus. De 69 à 73, les Rolling stones sont en forme. La baisse de régime va ainsi coïncider avec le départ du guitariste virtuose. Mais, la drogue fait certainement aussi des dégâts.
La présomption a pu jouer également. Dans tous les cas, la tournée 75-76 fut véritablement brouillon. Les concerts ne furent pas à la hauteur des précédentes tournées, c'est le moins qu'on puisse dire. Quelques petites soirées lives en-dehors des concerts de tournées sauvaient l'affaire et ce sont précisément ces titres-là qui sont encore écoutés sur le double live officiel Love you live sorti en 77. Ce n'est qu'en 78 que les stones firent à nouveau de bons concerts. Puis, ce fut à nouveau les concerts métalliques peu inspirés de 81-82 dont témoigne Still Life sorti en 82. Le groupe des Rolling stones, si célèbre comme acte live, n'avait qu'un grand album live à offrir Get yer ya-ya's out. Certes, face à la grande époque, il est dérisoire de défendre bec et ongles Steel Wheels et Flashpoint, mais, d'une part, l'époque charnière années 80-90 est une sacrée misère ambiante et il faut bien aimer quelque chose, d'autre part, Flashpoint est le second live officiel des stones, bien que loin en-dessous de Get yer Ya-Ya's out.
Les années 90 ont continué avec les stones. Après Flashpoint, place aux albums solos. Mick Jagger qui rêvait de reconvertir la magie des stones sous son seul nom avait échoué lourdement avec ses deux albums solos des années 80. L'échec n'était pas imputable à une incapacité pour Jagger d'être sans les stones, ni à la légende alors répandue que Richards était le principal compositeur du groupe, ce qui est faux, mais tout simplement à une médiocrité ambiante suffisamment forte que pour annihiler les énergies d'à peu près tous les artistes sixties, voire seventies. Tous ont mal passé les années 80, même celui qui a le mieux tiré son épingle du jeu, Bowie, ne le doit qu'aux singles, les albums étant autrement plus faibles.
Cette médiocrité réelle qui se communiquait au génie des artistes a empêché le démarrage d'une carrière solo de Jagger. Avec le succès de Flashpoint, il vit bien que son image serait définitivement liée à celle des stones, un faux départ en solo ne se rattraperait plus. Mais, quand même, il a voulu au moins montrer qu'il pouvait être là sans les stones. On le voit encore aujourd'hui avec le truc Superheavy que je n'ai même pas fait l'effort d'écouter au moins une fois, tant sur le papier les noms ne m'inspirent rien. Mais, en tout cas, il a au moins réussi son troisième album solo, Wandering spirit, qui s'étend sur 14 titres et dont le hit My sweet thing passait en boucle à la radio, si pas aux Etats-Unis, en Europe.
Pour moi, un très grand moment rock des années 90 : Sweet thing. Ce titre manque invariablement aux listes de chansons marquantes des années 90, voire de la seule année 92 ou 93, sur nombre de liens youtube que j'ai pu observer. Pourtant, le succès fut réel et la chanson est splendide. Je l'ai découverte dans un bus, étant déjà accro aux Stones: Mais c'est génial (j'entendais mal), mais on dirait la voix de Jagger, etc. Je ne lui trouve pas de longueur non plus. Tout se tient.
L'album contenait trois reprises: Think des années 50 déjà repris par James Brown, Use me de Bill Withers en 72 et I've been lonely for so long, très bon titre de référence d'un artiste sixties de la Stax.
J'aimais beaucoup le traditionnel qui clôturait l'album Handsome Molly, et que dire de l'avant-dernière, une composition de Jagger qui donnait le frisson: Angel in my heart. L'album contenait encore d'autres perles, plus stonienne la ballade Hang on to me tonight. Wandering spirit a son originalité dans son côté roots, juste une batterie trop sèche typée début des années 90. Je pourrais citer d'autres titres : Wired all night envoie la sauce. Je pourrais citer Don't tear me up, etc.
Mais, le plus fort, c'est que Keith Richards sort un album solo la même année. L'album solo de Keith aura moins de succès, mais la situation est différente. Keith Richards a déjà sorti deux albums solos, un studio et un live. Je fais abstraction ici de la dimension live de Keith que j'ai pu suivre aussi de près à l'époque avec bootlegs CD ou vidéos, mais le premier album Talk is cheap de 85 est d'une immense beauté. Et si Jagger a sorti un quatrième album solo que je n'ai pas encore acheté, Keith se surpassera encore avec un album de reggae.
Ici, Main Offender a un défaut de production typique du début des années 90, un isolement trop net des notes de batterie avec un son trop sec. Mais, l'album est exceptionnel et fut salué à sa sortie, sans doute dira-t-on parce qu'il fallait remplir des lignes et que l'effet Flashpoint dopait l'admiration, comme un temple du riff. Personnellement, je crois que c'est vrai, car les titres sont très beaux, malgré une petite raideur de production, et ce qui me conforte dans mon sentiment, c'est quand, au-delà du riff, je peux encore admirer cette ballade que je mets très très haut dans ce qu'il faudra conserver de la musique des années 90:
Hate it when you leave.
A part le matraquage batterie derrière, ce titre est un joyau des années 90.
Pour les titres accompagnés de grands riffs, la liste est belle, presque un album répertoire, une étude même pourrait-on dire:
999
Wicked as it seems
(deux premiers titres très forts, des joyaux, qui ouvrent l'album, mais ça continue)
Will but you won't
Runnin' too deep

Moins nettement dans le riff, d'autres bons titres d'esprit stonien sont encore là :
Eileen
(on songe un peu à Start me up)

Et que dire de Bodytalks?

Perles plus richardsiennes, une plus rock :
Yap Yap
Une plus slow qui ponctue l'album :
Demon

Quel malheur qu'il n'y eut jamais de suite aux albums solos de Keith Richards!

Quelques-unes des plus belles chansons des années 90 figurent ainsi sur les albums solos de Keith Richards et Mick Jagger que je viens de mentionner! Eh oui!

L'album Voodoo Lounge est-il si mauvais? Certes, des titres comme Love is strong ou I go wild, pourtant ceux mis en avant pour promouvoir album et tournée souffrent inévitablement du rapprochement avec les grands titres passés, voire même avec des morceaux d'attitude rock plus récents. You got me rocking ou Sparks will fly, oui, bon? Pourtant, il y a des titres que j'aime bien sur Voodoo Lounge et, si on pourra dire que ce n'est pas un titre rock, le titre Out of tears est en soi très réussi. J'aime beaucoup Thru and thru, Blinded by rainbows, Brand new car, Mean disposition et quelques autres. En fait, je les inviterais à abandonner le rock lisse sur lequel ils essayaient de s'imposer pour persévérer dans les veines où ils étaient encore bons. I go wild, c'est très bon, mais c'est rengainant comme du rock de Beatles.
La tournée 94-95 fut sans doute la dernière bonne tournée des stones.
Il y eut les concerts dans les petites salles et suivit encore le très bon album Stripped.
L'histoire des Rolling stones s'arrête là, même s'il y a un bon concert américain occasionnel comme en témoignent des extraits du Live Licks.

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